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Adieu à Carlo Ginzburg : l’historien italien le plus célèbre au monde

  • 18 juin 2026 18:33

Le monde de l’essai et de la recherche académique pleure la disparition de l’un de ses esprits les plus brillants et révolutionnaires. Carlo Ginzburg s’est éteint à Bologne à l’âge de 87 ans, lui, l’intellectuel qui a fait voler en éclats les codes de l’historiographie traditionnelle en introduisant une perspective d’analyse totalement inédite.

Né à Turin en 1939 au sein d’une famille symbole de la résistance culturelle italienne, fils du théoricien antifasciste Leone Ginzburg et de la célèbre écrivaine Natalia Levi, le chercheur a su conjuguer héritage éthique familial et rigueur méthodologique sans précédent. Sa formation, entamée à l’Université de Pise puis perfectionnée à la Scuola Normale Superiore et au Warburg Institute de Londres, l’a propulsé sur les chaires des universités les plus prestigieuses du monde, de Harvard à Yale, en passant par Princeton et l’UCLA.

La loupe braquée sur les laissés-pour-compte de la Terre

Le nom de Ginzburg restera indissociablement lié à la naissance et au développement de la microhistoire, un courant né en Italie dans les années 1970 qui a renversé les rapports de force du récit historique. Refusant de se limiter à la chronique des seuls souverains et des grands événements politiques, l’auteur a concentré son attention sur les classes subalternes, la culture populaire et les phénomènes marginaux de l’époque moderne.

Son premier ouvrage paraît en 1966 sous le titre “I benandanti” (“Les Batailles nocturnes”), une étude pionnière sur les cultes agraires et sur la sorcellerie dans le Frioul du XVIe siècle, mise au jour grâce à l’analyse minutieuse des dossiers de l’Inquisition. Mais son chef‑d’œuvre absolu, qui l’a consacré au niveau international reste “Il formaggio e i vermi” (“Le fromage et les vers”) de 1976, un essai dans lequel sont reconstituées la cosmogonie visionnaire et l’hérésie de Menocchio, un meunier frioulan condamné au bûcher. À travers ce microcosme, l’historien a démontré comment les croyances populaires pouvaient dialoguer de façon autonome et subversive avec la culture dominante.

La méthode scientifique appliquée au présent

L’horizon intellectuel de Ginzburg ne s’est pas limité aux dynamiques du Moyen Âge et de la première modernité. Dans les années 1990, sa rigueur analytique l’a poussé à se confronter à l’histoire contemporaine avec l’ouvrage “Il giudice e lo storico” ("Le juge et l’historien" de 1991), un examen critique des actes de procédure liés au meurtre du commissaire Luigi Calabresi.

C’est dans ce type d’écrits que ressort sa profonde réflexion sur la méthode historique, sur la frontière ténue entre vérité et falsification et sur la nécessité, pour le chercheur, de maintenir la bonne distance émotionnelle par rapport à son objet d’étude. S’étant également essayé à l’histoire de l’art avec le volume “Indagini su Piero” (“Enquête sur Piero della Francesca”), qui inaugura la célèbre collection des Microstorie chez Einaudi, il laisse un extraordinaire héritage intellectuel, partagé avec ses filles Silvia, historienne de l’art, et Lisa, philosophe.

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