Le monde de la culture est en deuil après la disparition d’Edgar Morin, grand philosophe et sociologue français, connu avant tout pour l’élaboration de la théorie de la "pensée complexe". Ce penseur, considéré comme le dernier héritier des Lumières et auquel nous devons tous beaucoup, s’est éteint à Paris le vendredi 29 mai, à l’âge de 104 ans.
Comme le rappelle le quotidien français Le Monde, Edgar Morin a dédié son existence à la réflexion, restant inlassablement à l’écoute de l’Histoire et en prise directe avec les tumultes du XXe siècle. Il s’est ainsi attaché à relier différents champs du savoir pour développer sa "pensée complexe".
Cet intellectuel, ancien membre de la Résistance française et profond humaniste, défenseur d’un "réveil des consciences", est né le 8 juillet 1921 à Paris au sein d’une famille juive originaire de Salonique. Ses premiers instants furent suspendus entre la vie et la mort.
Sa mère avait caché à son mari que l’accouchement lui était médicalement déconseillé, en raison d’une cardiopathie contractée lors de la terrible grippe espagnole de 1917. Contre toute attente, la mère et l’enfant survécurent. Malheureusement, la jeune femme mourut d’un infarctus le 26 juin 1931, peu avant que le petit Edgar ne fête ses 10 ans.
Engagé dans la politique dès son plus jeune âge, il prit part à la Résistance française contre l’occupation nazie. C’est à cette époque qu’il troqua son patronyme, Nahoum, pour celui qui le rendra célèbre, Morin, notamment pour échapper aux persécutions antisémites.
La pensée complexe, dont on entend souvent parler (pas toujours à bon escient), naît de sa conviction profonde qu’il faut dépasser la vision cartésienne (que l’on pourrait qualifier de "bidimensionnelle") pour affronter la réalité d’un monde toujours plus interconnecté.
D’où sa proposition d’une vision de la connaissance (précisément complexe), capable d’embrasser les phénomènes sociaux, culturels et scientifiques. En d’autres termes, une manière d’éduquer à la vie, capable de nous mener véritablement vers l’émergence d’un citoyen du monde, d’une communauté mondiale et d’une vision planétaire où prévalent l’identité terrestre et la compréhension de l’humanité.
Utopie ? Peut-être, mais, comme l’a écrit l’écrivain et journaliste uruguayen Eduardo Galeano :
“Elle est à l’horizon. Je fais deux pas, elle recule de deux pas. Je marche dix pas et l’horizon s’éloigne de dix pas. J’ai beau marché, je ne la rejoindrai jamais. À quoi sert l’utopie ? Elle sert précisément à ça : à marcher.”
Merci, Edgar, que la terre te soit légère.
