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Angine de Poitrine : une pathologie musicale québécoise devenue épidémique

  • 23 mai 2026 11:00

Depuis The Residents et Devo, le rock s’est toujours délecté des frasques ubuesques d’olibrius déjantés mais non dénués d’humour. Dans un halo mystérieux, le duo québécois Angine de Poitrine pousse le curseur un cran plus loin.

Pas facile de dresser le portrait de ces deux zozos qui se revendiquent aussi insaisissables qu’une savonnette mouillée. On croit savoir qu’ils possèdent leurs pénates du côté de Chicoutimi. Si le nom, en forme d’onomatopée rigolote, de ce quartier de la ville de Saguenay semble parfaitement coller à leur identité, ils viennent à première vue d’une planète inconnue dont les habitants portent tous des costumes à pois blanc (ou inversement) et des masques. Plutôt du genre soudeur avec un gros nez qui pend pour l’un, en papier mâché évoquant les Blancs Moussis de Stavelot (comme l’a justement remarqué Rudy Léonet dans "5 Heures") pour l’autre…

Plutôt que des lumières d’exégètes du rock au pays de l’érable, ce sont des Sherlock Holmes amateurs qui s’avèrent essentiels pour démêler l’écheveau, rassembler quelques éléments factuels et démanteler les théories fumeuses propagées par le duo et son entourage. Selon la biographie officielle qui, contre toute attente existe bel et bien, Khn et Klek (des pseudos évidemment) se produisent ensemble depuis qu'ils ont l'âge de 13 ans. Si leur univers musical exclusivement instrumental ne brille pas par son accessibilité, il faut reconnaître une indéniable technique derrière cette avalanche hypnotique qui emporte tout sur son passage.

Leur concept musical, qu'ils qualifient eux-mêmes de "Mantra-rock dada pythago-cubiste" (sic !), repose sur le jeu du guitariste Khn, qui explose les codes sur un double manche (guitare et basse) et construit, un peu comme un Mecano, une superposition de boucles réalisées sur le moment. Elles laissent ainsi la place à toutes les improvisations possibles. Le batteur Klek assure lui l’architecture rythmique volontiers bringuebalante. On se demande donc parfois s’ils ont l’ambition de jouer ensemble ou de produire plutôt un maelström indéfinissable.

Avec un humour absurde que n’auraient pas renié les Monty Python, ils citent comme maîtres à penser un anthropologue actif du côté de Bornéo qui a pour ambition de faire chanter des singes et les défenseurs de la flûte ou sifflet nasal. Ne vous en déplaise ce genre musical qui consiste à produire des sons plus ou moins harmonieux avec son pif existe depuis la nuit des temps en Polynésie où on l’appelle le Pu Ihu comme chez le peuple Wayana en Amazonie. Khn et Klek sont certes étranges mais ils sont donc loin d’être fous. Plus prosaïquement, lorsqu’ils s’expriment autrement que par borborygmes, ils avouent  un intérêt pour Frank Zappa ou pour le jazz moderne tel que pratiqué par John Scofield.

Auréolés "artistes de l’année" à l’automne dernier au GAMIQ, le Gala Alternatif de la Musique Indépendante Québécoise qui existe depuis 2006. Ils ont donc judicieusement ajouté le guitariste d’avant-garde du cru René Lussier à leurs influences revendiquées.

En 2023, ils enregistrent un premier album ("Vol. 1") dans une certaine discrétion bien que leurs clips intrigants comme Sherpa et Sahardnieh provoquent un premier buzz en mode "mais qui sont ces deux timbrés?

En décembre 2024, leur prestation aux Trans Musicales de Rennes qui déniche de nouveaux talents depuis une quarantaine d'années met leur nom sur toutes les lèvres. Quelques semaines plus tard, la radio indépendante américaine KEXP de Seattle publie leur concert sur YouTube et, comme un traînée de poudre, le compteur grimpe largement au-delà des sept millions de vues en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Leur "interview" à l’émission Tout le monde en parle le 8 mars dernier parachève le travail. Personne ne comprend leur novlangue (pas même Christian Vander de Magma) mais tout le monde veut en savoir plus. Sur Spotify, les titres Fabienk et Mata Zyklek cumulent désormais des millions d’écoutes.

Initialement prévues dans des lieux alternatifs, la tournée mondiale qui débute ce printemps avec la sortie d’un deuxième album prévisiblement intitulé "Vol. II", prend une ampleur que personne n’aurait pu imaginer. Partout, les concerts prévus dans des salles à la capacité réduite ont affiché complet en un clin d’oeil. Grâce aux Nuits Botanique, le duo se produira même pour la première fois le 28 mai prochain en tête d’affiche d’un festival.

Concerts:

26 mai: Magasin 4 - Bruxelles (Belgique)

28 mai: Les Nuits Botanique - Bruxelles (Belgique) — Infos et réservations; les nuits.be

29 mai: Le Grand Mix - Tourcoing (France)

30 mai: Festival Bon Moment - Nancy (France)

31 août: Poppodium - Nijmegen (Pays-Bas)

25 octobre: TRIX - Anvers (Belgique)

Toutes les autres dates sur: https://anginedepoitrine.com/concerts


(Stéphane Soupart)

Photo: Angine de Poitrine

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