« A New Stereophonic Sound Spectacular » est sorti en juillet 1996 alors que le groupe de Sint-Niklaas s’appelait encore Hoover me permettant ainsi un jeu de mots facile pour le premier article que je leur ai consacré : Hoover aspire tout. C’était avant que la marque d’aspirateurs américaine, désormais sous pavillon chinois, ne mette le holà!
Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le groupe a produit douze albums, dont le dernier en date « Fake Is The New Dope », en 2024. Si Geika Arnaert et Noémie Wolfs ont toutes les deux officié plusieurs années comme chanteuse (et se passent même le relais pour cette tournée anniversaire), Hooverphonic s’est appuyé sur pas moins de six voix féminines. Co-fondatrice du projet, la première (Esther Liebeert) a même quitté l’aventure avant l'enregistrement du premier album.
Evidemment, Hooverphonic aussi défendu les couleurs de la Belgique au concours Eurovision en 2020 avec Release Me, sanctionné d'une modeste 19ème place. Toujours prêt à relever des défis parfois improbables, le groupe a même concocté une version un peu spéciale des consignes de sécurité de la compagnie aérienne belge Brussels Airlines en 2022 en quête, sans doute, d’un nouvel envol pour sa carrière…

Suivez-moi maintenant dans notre machine à remonter le temps avec cet entretien réalisé à la fin de l’été 1995 et publié à l’époque dans les colonnes d’un quotidien du plat pays.
Atmosphère brumeuse proche des Cocteau Twins (Cinderella) et rythmique évoquant les ténors de Bristol, le groupe belge s'insère naturellement dans son époque. Aux yeux des multinationales, la musique est progressivement devenue un produit. Les techniques de marketing et les campagnes publicitaires se mêlent parfois de remplacer la plus petite once de talent. Étrangement, les contes de fées subsistent encore. Issu de nulle part mais particulièrement dans l'air du temps, le groupe belge Hoover vit une aventure féerique. Elle aurait pu être écrite par Perrault.
Alors que de nombreux groupuscules obscurs s'obstinent pendant des années sans recevoir la moindre réponse à leurs lettres et autres cassettes envoyées comme autant de bouteilles à la mer, le quatuor de Saint-Nicolas a évité les frustrations d'une attente aussi longue qu'infructueuse. Une poignée de chansons enregistrées dans une caserne de pompiers et quelques enveloppes chargées d'espoir postées vers la Grande-Bretagne ont été suffisantes pour décrocher le gros lot.
Encore tout ému, le batteur et programmateur de sons Alex Callier se souvient des premières réactions avec le même air étonné. "Tout en étant persuadé de jouer une musique intéressante, il faut garder la tête froide. En envoyant notre première cassette à différentes maisons de disques, nous voulions d'abord nous faire connaître. Quelle ne fut pas notre surprise de recevoir autant de réponses positives ! Un jour, je rentrais du boulot et un message m'attendait sur le répondeur. Un type de 4AD à Londres me demandait de le rappeler le plus vite possible. En fait, nous nous sommes trouvés d'emblée dans une situation de force. Nous pouvions choisir notre partenaire".
Franck Duchêne poursuit le raisonnement. "Nous ne considérons pas Hoover comme un simple coup. Nous avons réellement envie de construire une carrière sur le long terme".
Malgré leur jeune âge, les quatre complices de Hoover ne négligent pas les leçons des anciens. Pour "2Wicky", ils puisent dans le répertoire d'Isaac Hayes. Sur une musique signée Burt Bacharach, "Walk On By" se contente cependant de pimenter discrètement un refrain aux qualités propres évidentes. "Mon père écoutait toujours de la musique", confie Alex. "Pendant toute mon enfance, j'ai été bercé par les Supremes et les artistes du label Tamla Motown. Je suis passé des culottes courtes aux pantalons avec les Beatles et Simon & Garfunkel. Cela laisse des traces. Dans les années 80, alors que j'achetais mes premiers disques, j'étais fasciné par XTC ou encore par les Nomads, des groupes qui, à leur manière, trouvaient une partie de leur inspiration dans les décennies précédentes. On me demande souvent pour quelle raison nous utilisons un extrait, reconnaissable mais minime, de l'œuvre d'Isaac Hayes sans jouer une musique identique. À mon sens, le simple hommage est stérile. Il vaut mieux digérer des influences plutôt que de les copier servilement. C'est pour cette raison que je n'apprécie Lenny Kravitz que très moyennement".
De toute évidence, Alex préfère le clin d'œil subtil aux discours hurlés dans un porte-voix. Le hasard n'existant pas dans son univers, l'auditeur initié remarquera donc avec délectation qu'une chanson s'intitule "Revolver" comme un album des Quatre de Liverpool enregistré en 66. Il s'interrogera ensuite sur l'utilisation d'une couleur orange signalant le septième titre de l'album d'un 007 en hommage à James. "Rien à faire, on craque devant les effets spéciaux des vieux films de l'agent secret anglais le plus sexy. De plus, il est toujours entouré par une nuée de jolies filles. Ce n'est pas déplaisant !".
Finalement, dans les remerciements d'usage aux copines et aux géniteurs, papa Callier a droit à une ligne de plus pour "avoir prêté ses disques" ! Chez Hoover, tout se passe en finesse et en arabesques...

Avant même que leurs premiers enregistrements ne se fraient un passage sur les ondes, Hoover réalisait un véritable exploit. Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci cherchait une chanson dans la mouvance "trip hop" pour compléter la musique du film "Stealing Beauty". Par un enchaînement heureux, leur morceau "2Wicky" a ainsi accompagné les premiers mois de Liv Tyler dans les collines toscanes. "On est évidemment très contents mais nous avons enclenché le chronomètre et on entend notre musique pendant seulement soixante-huit secondes !".
En pratiquant un collage sonore des plus étranges, Hoover réussit à déjouer le piège des étiquettes. "A New Stereophonic Sound Spectacular" doit autant aux musiques kitsch des œuvres mineures du western spaghetti qu'à l'"ambient" la plus sophistiquée. "Nous possédons tous des racines différentes. Pendant très longtemps, Raymond (Geerts, le guitariste) a animé des bals régionaux. Frank (Duchêne, claviériste et ingénieur du son au studio Galaxy de Mol) a débuté dans les rangs du chœur de la cathédrale d'Anvers pour bifurquer ensuite vers le second degré avec un conglomérat appelé Spa Reine en de Bruistabletten ! Notre chanteuse Liesje (Sadonius), de son côté, a longtemps suivi les cours de Herman Teirlinck (une école de théâtre anversoise). Pour ma part", ajoute encore Alex Callier, toujours technicien à la BRT à ses heures perdues, "j'ai joué dans un groupe dont l'inspiration provenait exclusivement de Sonic Youth"
Tous ces ingrédients produisent une musique qui risque de séduire aussi bien les aficionados de Dead Can Dance et des Cocteau Twins que les amateurs de Massive Attack ou de Portishead. "Comme les deux premiers groupes que vous citez, nous utilisons la voix comme un instrument. Si une chanson comme "Wardrope" parle d'une relation de couple dirigée de main de fer par une femme acariâtre, les textes chez nous s'imbriquent dans les notes plutôt que de véhiculer un message. Contrairement à Massive Attack cependant, nous considérons Liesje comme un membre à part entière de Hoover".
Alex se rend à peine compte que son sens de l'humour et sa chemise hawaïenne desservent peut-être le sérieux de son argumentation. "Nous aimons énormément le kitsch. Parmi nos disques favoris du moment, on trouve "The Moog Cookbook" (des reprises de Nirvana et Soundgarden jouées au Moog) ou les compilations de Martin Denny (le roi des instrumentaux exotiques à la fin des années 50). Quant à ma chemise, elle est d'époque et je l'ai payée 300 francs dans une boutique gantoise. Il faut relativiser l'importance de la musique. Nous savons que nous n'allons pas changer le monde mais nous espérons simplement que notre public s'amusera autant que nous".
En tournée :
Après quelques festivals d’été, notamment à Spa, Hooverphonic fête le 30ème anniversaire de "A New Stereophonic Sound Spectacular" partout en Belgique jusqu’en 2027 et notamment :
13 septembre : Koningin Elizabethzaal - Anvers avec un orchestre pour célébrer le retour de Noémie Wolfs au chant.
1 octobre: Stadsschouwburg - Sint-Niklaas
5 décembre: WEX - Marche-en-Famenne
9 décembre; CCHA - Hasselt
20 février 2027: Théâtre Royal - Mons
Et aussi en France en 2027
Toutes les dates ici: https://hooverphonic.com/tour/
(Stéphane Soupart - Photos: © Etienne Tordoir & Christophe Dehousse)
Photo 1: Raymond Geerts avec Hooverphonic sur la scène du festival Gent Jazz, le 11 juillet 2023
Photo 2: Geike Arnaert avec Hooverphonic aux Francofolies de Spa, le 25 juillet 2026
Photo 3: Noémie sur la scène de l’Ancienne Belgique Club à Bruxelles, le 7 mars 2020
