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Après 1 700 ans sous terre, une bague romaine en or refait surface dans un champ anglais

  • 21 juin 2026 12:05

Dans le Somerset, un adepte de la détection de métaux a découvert une rare bague romaine en or, gravée de la déesse Victoire sur une pierre bleue. 

La terre anglaise restitue parfois des fragments de la Rome antique, sans faire trop de bruit. Un champ situé près d’Ilminster, dans le Somerset, une région du sud-ouest de l’Angleterre qui semble aujourd’hui bien loin des marbres impériaux, a mis au jour un objet minuscule (en apparence seulement) : une bague romaine en or, restée enfouie pendant environ 1 700 ans aux côtés d’un lot de pièces de monnaie, de plomb et de céramiques.

C’est Kevin Minto, passionné de détection de métaux, qui l’a trouvée en 2018, lors d’une fouille autorisée par le propriétaire du terrain. Au départ, le signal laissait présager une pièce, ou peut-être une broche. Puis, une forme plus nette est sortie de terre, trop lourde pour n’être qu’une simple trouvaille de routine. Aujourd’hui connu sous le nom d'"Ilminster Ring", le bijou a été acquis par le South West Heritage Trust, l’organisme qui gère notamment le Museum of Somerset.

Le détail qui interpelle les archéologues, c’est le poids du bijou : 48 grammes. Pour une bague romaine, c’est énorme. Près de 50 grammes d’or concentrés dans un objet qui tient dans la main, doté d’une monture élaborée et d’une gemme gravée. Nous sommes bien loin de l’idée du vestige modeste, usé, exhumé par hasard comme un simple éclat de la vie quotidienne. Ici, il est question d’un bijou de luxe, ayant probablement appartenu à une personne fortunée, habituée à évoluer dans un milieu où le prestige devait se voir jusqu’au bout des doigts.

La déesse sur son char

Au centre de la bague se trouve un nicolo, une variété d’onyx stratifié aux nuances bleu foncé et gris clair. La déesse Victoire, personnification romaine du triomphe, est gravée sur la pierre. Elle est représentée avec des ailes, conduisant un char à deux chevaux. Elle tient les rênes d’une main, le fouet de l’autre. Bien que la scène soit minuscule et confinée dans l’espace de la gemme, elle en dit long.

Victoire était une figure puissante dans le monde romain. Elle figurait sur les monnaies, dans les reliefs et sur les objets personnels, surtout lorsqu’il fallait rappeler le succès, l’autorité, la puissance militaire. Si la richesse parlait déjà d'elle-même, la déesse gravée se chargeait d'ajouter le reste.

Ce qui est intéressant, c’est que la bague réunit deux registres différents. La gemme est raffinée, mais la scène reste presque sobre. L’or, en revanche, pèse et se voit. Ce contraste rend la pièce encore plus singulière : une pierre finement gravée enchâssée dans une monture qui semble vouloir occuper l’espace. Il en résulte un objet peu compatible avec un usage distrait et quotidien. Il est plus aisé de l’imaginer porté lors de grandes occasions, peut-être cérémonielles, possiblement liées à une fonction publique, militaire ou administrative. Le nom du propriétaire s’est perdu. Son statut, lui, est resté gravé dans l’or.

Un trésor mal caché

La bague était associée à un petit trésor composé de 297 pièces romaines. Ce détail change toute l’histoire. Une bague tombée en terre peut raconter une perte, une mauvaise journée, un geste étourdi. Une bague enfouie aux côtés de centaines de pièces raconte un tout autre scénario : quelqu’un a caché des objets précieux avec l’intention de les récupérer.

La datation nous ramène autour de 297 apr. J.-C., juste après des années compliquées pour la Bretagne romaine. Entre 286 et 296, l’île a traversé une phase de forte instabilité politique. Carausius, un commandant romain, prit le contrôle de la région et y installa un pouvoir séparé de Rome ; après lui vint Allectus, puis la reconquête impériale. Une succession de coups de force, de changements de commandement et de tensions militaires. De quoi convaincre une personne fortunée de prendre son or et ses pièces et de les enfouir dans le sol, en attendant des temps plus cléments.

Ce retour n’a, de toute évidence, jamais eu lieu. Et c’est là l’aspect le plus concret de l’affaire : le vestige ne raconte pas seulement le luxe romain en Angleterre, il raconte aussi la peur. Quelqu’un avait suffisamment à perdre et assez d’urgence pour devoir cacher ses biens. L’histoire antique s'écrit souvent ainsi, à partir d’un geste pragmatique qui finit ensuite par devenir de l’archéologie. Un trou, quelques objets recouverts à la hâte, un propriétaire qui disparaît de la circulation. Dix-sept siècles plus tard, arrive un détecteur de métaux.

Rome loin de Rome

Pour les Italiens, le mot "romain" évoque immédiatement d’autres images : forums, aqueducs, voies consulaires, villas, thermes ou mosaïques. En Angleterre, le sujet prend une tout autre dimension. La Bretagne romaine était une province lointaine, conquise, militarisée, mais aussi sillonnée de villes, de réseaux commerciaux, de garnisons et de familles locales déjà romanisées. Ce n’était pas le centre de l’Empire, mais ce n’était pas non plus une périphérie muette.

Une bague comme celle-ci permet précisément de perturber l’image trop simpliste de la province isolée. Dans le Somerset romain, circulaient des objets de luxe, des matériaux précieux, des symboles impériaux et des personnes capables de se les offrir. Reste à savoir si le bijou a été fabriqué en Bretagne romaine ou s’il a été importé du continent. La réponse nous en dirait un peu plus sur le niveau de l’artisanat local, sur les routes commerciales et sur la vie des élites dans cette partie de l’Empire.

Le South West Heritage Trust a réuni 78 010 livres sterling pour acquérir la bague et le trésor, grâce au soutien de fonds muséaux, d’institutions et de donateurs locaux. Après des travaux de restauration, l’Ilminster Ring rejoindra les collections romaines du Museum of Somerset, à Taunton. Auparavant, elle passera par les écoles primaires de la région, où un objet pas plus grand qu’un doigt pourra raconter aux enfants une histoire d’empires, de richesse, de peur et de terre remuée.

Source : Communiqué du South West Heritage Trust

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