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Décès de Marjane Satrapi : elle avait raconté la révolution iranienne dans 'Persepolis', chef‑d’œuvre de la BD

  • 05 juin 2026 13:43

L’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi s’est éteinte à 56 ans. Sa famille a annoncé la nouvelle dans un communiqué transmis à l’AFP, expliquant que l’artiste était dévastée par le deuil depuis la perte de son mari Mattias Ripa (son compagnon de vie et de travail, producteur, auteur et scénariste) mort le 8 avril 2025.

“Marjane Satrapi est morte de chagrin un peu plus d’un an après la disparition de Mattias Ripa, l’amour de sa vie”, indique le communiqué.

Une vie entre deux mondes

Née à Rasht, en Iran, en 1969, Marjane Satrapi passe son adolescence à Vienne, où elle s'installe pour suivre ses études secondaires. Elle retourne ensuite en Iran pour l’université, s'y marie, puis en 1994, après la fin de son premier mariage, s’établit définitivement en France. Un pays où elle aura vécu plus de trente ans et qu’elle aura adopté comme sa patrie artistique.

"Persepolis", le chef‑d’œuvre

La renommée internationale arrive avec "Persepolis", publié entre 2000 et 2003 par la maison d’édition française L’Association. La bande dessinée racontait son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique de 1979, l’ascension au pouvoir de Khomeiny, les répressions, les arrestations, les exécutions, puis l’exil en Europe. Une œuvre hybride, à la fois intime et politique, comparée par la critique à "Maus" d’Art Spiegelman parmi les grands chefs‑d’œuvre du roman graphique. En 2007, Satrapi en assure elle‑même l’adaptation en film d’animation, remportant le Prix du Jury au Festival de Cannes.

Un art minimal et universel

Son style était immédiatement reconnaissable : des traits épurés, un usage expressif du noir et blanc, et son propre personnage dessiné avec son grain de beauté sur le nez, devenu l’une des figures les plus aimées de la bande dessinée européenne. Ses récits savaient naviguer avec naturel entre l'intime et le collectif, entre la dépression et la dictature, ses traumatismes personnels et ceux d’un peuple entier. Au-delà de "Persepolis", elle publie en 2004 "Poulet aux prunes", et en 2023 "Femme, vie, liberté". Dédié à la mémoire de Mahsa Amini, ce dernier ouvrage a été coécrit avec des universitaires et des journalistes. Durant des années, elle a également collaboré avec le New York Times, y tenant une chronique illustrée très appréciée.

Cinéaste autant que dessinatrice

Marjane Satrapi était également une cinéaste à part entière. Au-delà des adaptations animées de ses propres œuvres, elle a réalisé "La Bande des Jotas" (2012), "The Voices" (2014) et "Radioactive" (2019), un biopic consacré à la vie de Marie Curie. Une carrière éclectique, toujours guidée par le même fil rouge : une curiosité pour les destins hors du commun et le courage de les raconter sans concession.

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