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ARCHIVES - Le Fonds Pompon, c’est du tout bon!

  • 15 sept. 2026 18:16

Infatigable archiviste du rock francophone belge, Jacques de Pierpont, animateur radio de l’iconique Rock à Gogo mais aussi du podcast Fume c’est du belge lègue ses archives au Centre Culturel Wallonie-Bruxelels du Botanique. Mine de rien, il s’agit bien d’un événement…

Il y a un demi-siècle, les punks anglais et leurs quelques cousins du plat pays s’arrachaient les cordes vocales en hurlant « No future ». En 1976, sans être particulièrement remarqué pour ses prises de positions extrémistes, c’est cependant Ian Anderson de Jethro Tull qui a écrit le refrain de Too Old To Rock’n Roll: Too Young To Die. A 79 ans, il n’a pas mis sa maxime en pratique et continue d’écumer les scène européennes malgré quelques petits soucis de santé. A 75 ans, Jacques de Pierpont fait presque figure de jeunot mais aujourd’hui pas plus qu’hier, il n’a abandonné l’idée de rassembler toutes les chapelles du rock belge sous son toit. Il débute à la RTBf comme journaliste avant de tenir une rubrique bande dessinée (sa deuxième passion) sur « Impédance », la première émission de rock, animée par Pierre Guyaut, sur les antennes de la radio publique belge francophone. Mais il devra attendre 1983 et la naissance de Radio 21 pour devenir la référence du rock alternatif (et aussi du metal) pour toute une génération de musiciens et d’amateurs de musique sortant des sentiers battus. Il a ensuite officiellement sur Pure FM (avec Metal Follie’s) et sur Classic 21( avec « Hell’s Bells ») avant de prendre une retraite -qui n’en est pas vraiment une- en 2015. Mais le démon de la musique continue à le titiller. On peut l’entendre sur la webradio Radio Rectangle avec « Fume c’est du belge » mais aussi comme chroniqueur sur « Entrez sans frapper » sur La Première. Sans envisager encore de tourner la page, Jacques de Pierpont vient donc de trouver un écrin pour ses trésors grâce aux bons soins du Botanique.

Evidemment hisser l’oriflamme du rock indépendant et du metal n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Au milieu des années 1990, avec toujours des étoiles dans les yeux, il nous parlait de cette passion qu’il considère parfois aussi comme une croisade. Flash back…

Depuis plus de dix ans, Jacques de Pierpont défend avec acharnement le moindre des groupuscules rock flamand, bruxellois ou francophone. Il se moque pas mal des frontières linguistiques mais apprécie à sa juste mesure le réveil timide du sud belge. Tous les jeudis soirs, il consacre une partie de son émission "Rock à Gogo"  aux derniers soubresauts de la planète noir-jaune-rock. À l'heure où le plan de restructuration de la RTBF menace l'existence du seul bastion radiophonique délicieusement électrique du service public, il nous a semblé utile de confier quelques lignes à celui que la plupart des musiciens francophones, de tous styles, considèrent comme leur parrain...

Airs connus : le Sud du pays est un désert musical. Tout ce qui s'organise en Wallonie est destiné à foirer lamentablement. À de rares exceptions (Rapsat, Polyphonic Size et Flouze au début des années 80, l'atypique Front 242), le rock belge se décline en Flandre. Toute tentative intéressante est condamnée à végéter faute de pouvoir s'exporter... Vingt ans que ça dure !

Mais l'air ne fait plus la chanson. Perceptible depuis quatre ans, le frémissement francophone a atteint son point d'ébullition en 1992, année qui a vu sortir du bois un nombre conséquent de productions autochtones. Groupes, disques, concerts, réseaux de diffusion se multiplient. Du trash metal de Channel Zero au rock musette burlesque des Frères Brozeur, de la pop des Passengers au boogie corsé des Pizza Crushers, il y en a pour tous les goûts. Et, miracle, à cette joyeuse effervescence encore bien désordonnée répondent des embryons de logistique : firmes de disques, labels auto-gérés, circuits de concerts, festivals, autant de conditions d'existence qui ont permis auparavant la percée du rock flamand. Il reste à entretenir et à alimenter la flamme...

Pourquoi maintenant ? Seulement maintenant ? Manque d'identité, mainmise "flamande" sur l'industrie musicale locale, écartèlement entre cultures anglo-saxonne et latine ? Mystère. Retenons seulement ceci : le mouvement actuel ne fut possible que parce que des groupes ont décidé de s'autoproduire sans plus attendre l'improbable miracle classique (la cassette qui soulève l'enthousiasme du manager, le producteur qui vous décrète neuvième merveille du monde) et, dans la foulée, d'organiser leurs propres possibilités de concert. Bref, en termes de marketing (beuh !), de créer son marché.

Deux résultats parmi d'autres : Sttellla, dont les premiers vinyles ont maintenant droit au statut de « collector » avidement recherché par les fans, et les groupes rassemblés sous la bannière "La Famille", structure de soutien mutuel qui n'aliène pas l'autonomie de chacun (Noise Gate, Slugs, Les Jeunes, René Binamé).

Aux structures (du label Sing Mary à la salle de concerts liégeoise La Zone, la liste ne cesse de s'allonger) encore fragiles mais riches de foi, il manque encore un appendice médiatique décidé à relayer pour un public large ce foisonnement d'initiatives. Capable également d'en faire la critique, faute de quoi l'Histoire repassera les plats ! Ce rôle crucial, emblématique, seule une radio de service public peut l'assumer, si tant est qu'elle entend ne pas se couler dans le médiocre moule d'usine à tubes pasteurisés. Il est plus que temps. N'est-il pas choquant, pour ne citer que l'exemple le plus croquignolet, de voir Sttellla « découvert » par les médias alors que le groupe fêtait ses noces d'étain ?

(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)

Photo: Portrait de Jacques de Pierpont chez lui dans le Brabant au milieu des années 1990

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