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Le livre, exercice de style imposé pour les prétendants à l’Élysée

  • 27 mai 2026 12:50

À mesure que s’approche l’élection présidentielle de 2027, un rituel typiquement français se répète : les candidats, déclarés ou supposés, sortent un livre. L’exercice n’a plus rien d’exceptionnel. Il est devenu une étape quasi incontournable de la conquête de l’Élysée, à la fois outil de campagne, preuve de stature et tentative d’imposer un récit politique. 

La saison des parutions a déjà commencé, et elle s’annonce dense. Parmi les titres déjà publiés ou annoncés figurent 2027, la liberté ou la mort de Nicolas Dupont-Aignan, En homme libre de Gabriel Attal, Nos vies ne sont pas des marchandises de Boris Vallaud, Réveillons-nous d’Élisabeth Borne, Picardie Splendor de François Ruffin, une version actualisée du Suicide français d’Éric Zemmour, ainsi qu’un ouvrage à venir de Raphaël Glucksmann et un autre de François Hollande. Édouard Philippe, lui, a déjà publié Le prix de nos mensonges en 2025, tandis que Marine Tondelier et Dominique de Villepin ont eux aussi déjà signé des livres.

Pourquoi ce passage par le livre ? Parce qu’il permet de se présenter autrement qu’en responsable partisan. Le candidat y raconte son parcours, fixe ses thèmes, affiche une vision, et cherche à donner de l’épaisseur à une ambition présidentielle. Le livre sert aussi de déclaration d’intention : il résume une identité politique, tout en laissant croire à une réflexion de fond, plus durable qu’un simple slogan de meeting. Comme le rappelle l’analyse publiée par LCP, il s’agit désormais d’une "figure imposée" de la course à l’Élysée.

La présidentielle de 2027 ne fait pas exception. Gabriel Attal a ouvert la saison avec En homme libre, Boris Vallaud a publié Nos vies ne sont pas des marchandises, et d’autres titres sont attendus dans les prochains mois. Cette inflation éditoriale montre combien le livre est devenu un marqueur de crédibilité politique, mais aussi un objet de stratégie médiatique. Il permet d’occuper l’espace, d’alimenter les commentaires et de donner le sentiment qu’une offre présidentielle se structure bien avant le début officiel de la campagne.

Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. Emmanuel Macron avait déjà marqué la campagne de 2017 avec Révolution, publié en 2016, où il exposait son histoire, ses inspirations et sa vision de la France. Nicolas Sarkozy avait pris le même chemin avec Ensemble en 2007, et François Hollande avec Changer de destin en 2012. Ces livres ne garantissent pas le succès électoral, mais ils accompagnent presque toujours l’ascension ou la consolidation d’une candidature.

Les ventes elles, affichent des fortunes diverses. Révolution s’est écoulé à 157 236 exemplaires, Ensemble à 50 458, et Changer de destin à 35 662. À l’inverse, d’autres ouvrages ont rencontré un public plus limité, comme celui de Marine Le Pen en 2012, ou ceux d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse. Preuve que le livre n’est pas une assurance victoire : il reste surtout un instrument de positionnement, utile pour exister dans le débat, mais insuffisant à lui seul pour conquérir l’Élysée.

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