Le photographe palestinien Saher Alghorra a remporté le prix Pulitzer 2026 grâce à son travail sur la crise humanitaire à Gaza, un récit visuel que le jury a qualifié de "déchirant" et de "profondément sensible".
Sur l’un de ses clichés, une femme tient dans ses mains la photo de sa fille ; sur un autre, une personne porte avec désespoir ce qu’il reste d’un enfant mort ; sur un autre encore, on ne voit plus qu’un amas de décombres à la place d’une école. Une autre photographie montre des membres de la branche armée du Hamas transportant ce qui serait, selon toute vraisemblance, la dépouille d’un otage à Khan Younis.
Ces photographies ont toutes été prises par Saher Alghorra, collaborateur du New York Times, qui vient de remporter le prix Pulitzer 2026 dans la catégorie “Breaking News Photography” (Photographie d’actualité), pour la façon dont il dépeint la dévastation et la famine dans la bande de Gaza, suite à la campagne génocidaire israélienne menée depuis octobre 2023.
Palestinien, M. Alghorra a été récompensé pour son reportage intitulé Trapped in Gaza: Between Fire and Famine (“Piégés à Gaza : entre feu et famine”), devenu l’un des témoignages photographiques les plus puissants et les plus douloureux du conflit.
Sur ses images, ne figurent pas seulement les ruines et la fumée. Il y a des gens exténués, à bout de forces, des yeux d’enfants, des familles en fuite, des hôpitaux au bord de l’effondrement, des corps épuisés par la faim et la peur. Des photographies qui ne cherchent pas l’effet spectaculaire, mais l’humanité au cœur de la tragédie.
Pour Saher Alghorra, ce n’est pas le premier prix international. L’an dernier, son travail avait déjà reçu le premier prix de la photographie de guerre au Prix Bayeux Calvados-Normandie en France. Mais le Pulitzer représente une consécration mondiale, érigeant le pouvoir de la photographie au rang de mémoire collective et acte de dénonciation.
À une époque où les images défilent à toute vitesse sur les réseaux sociaux jusqu’à en perdre leur sens, le travail de ce Palestinien redonne, au contraire, du poids et de la dignité à chaque visage photographié.
Parmi les autres finalistes de la catégorie figuraient des photographes de Reuters pour leur couverture des opérations anti-immigration aux États-Unis, ainsi que le Los Angeles Times pour ses images des incendies dévastateurs en Californie.
Les Pulitzer 2026 ont également récompensé d’importantes enquêtes internationales et des reportages d’investigation. Le New York Times a reçu le prix du journalisme d’investigation pour une enquête sur les présumés conflits d’intérêts de l’ex-président Donald Trump, tandis que Reuters a été primé pour un reportage sur l’expansion du pouvoir exécutif aux États-Unis.
Une mention spéciale a également été attribuée à la journaliste du Miami Herald, Julie K. Brown, pour ses enquêtes sur l’affaire Jeffrey Epstein, qui ont contribué à révéler des années d’abus et de couvertures systémiques.
Créés en 1917, les prix Pulitzer comptent parmi les distinctions les plus prestigieuses au monde dans les domaines du journalisme, de la photographie et du service public. Mais cette année, plus que jamais, une histoire semble traverser toutes les autres : celle de ceux qui continuent de raconter la guerre tout en la vivant dans leur propre chair.
