Il a vu le jour en 1938 à Abeokuta, dans le sud-ouest du Nigeria dans une famille dans laquelle personne n’a jamais hésité à exprimer ses idées. Il avait donc de qui tenir…
Chez les Kuti, tout le monde a effectivement la fibre militante. Sa mère, Funmilayo, est une figure du féminisme et de l’anticolonialisme. Elle influencera profondément les futures prises de position dans sa carrière. Parti étudier la musique à Londres à la fin des années 1950, Fela y découvre le jazz et le highlife avant de rentrer à Lagos.
Quelques années plus tard lors d’un séjour aux États-Unis, en 1969, sa vie bascule dans l’engagement politique. Il épouse les idées défendues par les Black Panthers, un mouvement de défense des droits de la communauté noire qui juge que la violence est parfois nécessaire et même indispensable pour arriver à ses fins. Celui qui prend le nom de Anikulapo qu’on peut traduire par « celui qui porte la mort dans son carquois » ne prônera cependant jamais la violence dans ses nombreux combats pour la justice.
. De retour au Nigeria, il invente l’afrobeat, mélange de highlife, de jazz, de funk et de rythmes yoruba. Entouré par un groupe pléthorique de dizaines de musiciens, il est connu pour ses concerts fleuves qui se terminent au milieu de la nuit. Organisé par le magazine « Soldes Fins de Série »n son concert à Forest-National, la célèbre salle bruxelloise, laisse un souvenir impérissable à ceux qui y ont assisté. Quand il rentre au bercail, il règne sur le Shrine, le club qu’il possède à Lagos, ainsi que sur la Kalakuta Republic, une communauté autoproclamée indépendante que le pouvoir local voit d’un très mauvais oeil.
D’autant plus que ses chansons s’en prennent sans relâche à la junte militaire, à la corruption et aux violences commises par une police aux ordres. Bien évidemment, le prix à payer est lourd. En 1977, après la sortie de « Zombie », des soldats attaquent et incendient le centre névralgique de la Kalakuta Republic; sa mère, blessée dans l’assaut, meurt quelque temps après. Il répond en portant son cercueil jusqu’aux bureaux du gouvernement, puis en publiant « Coffin For Head Of State » qui résonne comme une menace aux oreilles des puissants. Arrêté à de multiples reprises, emprisonné en 1984, il devient un symbole de résistance. Il meurt à Lagos en 1997, à 58 ans, des suites du sida, maladie dont il niait pourtant l’existence. Des centaines de milliers de personnes assistent à ses funérailles.
Aujourd’hui, son fils Femi Kuti perpétue de fort belle manière la légende de son père.
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo: Fela Anikulapo Kuti sur la scène de Forest-National à Bruxelles (Belgique) le 18 mars 1981
