Miles Dewey Davis III, troisième du nom donc, a vu le jour à Alton (Illinois) en 1926. Protéiforme à l’extrême, la carrière du génial trompettiste de jazz peut difficilement être résumée. Concentrons-nous ici sur ses magnifiques (et rares) musiques de films
Musicien visionnaire, Miles Davis est notamment associé à l’émergence du mouvement Birth Of Cool à la fin des années '40. Mais intéressons-nous à son premier voyage en dehors des Etats-Unis en mai 1949. Il débarque à Paris pour se produire dans un festival, pensant que les artistes noirs et les gens de couleur en général étaient mieux respectés sur le Vieux Continent. Il découvre alors la vie bohème et les clubs de jazz à Saint-Germain-des-Prés. Il tombe alors sous le charme de Juliette Gréco. Ils vivent ensemble une intense relation que le trompettiste a cependant toujours qualifiée de "platonique". Il ne voulait pas en effet que sa liaison avec un homme noir nuise à sa carrière naissante en Amérique. Une histoire d’amour contrariée par les barrières raciales malheureusement…
C’est également en France que Miles Davis vivra sa première expérience avec le Septième Art. En 1958, le réalisateur Louis Malle l’invite à composer et à jouer la musique de son film "Ascenseur pur l’échafaud" avec l’actrice Jeanne Moreau. Quelques années plus tard, le critique Phil Johnson a décrit cette partition sublime comme le "son de trompette le plus mélancolique et le plus solitaire qu’on ait jamais entendu. Vous l’écoutez et vous ne pouvez vous empêcher de pleurer". C'est d'autant plus poignant que ces instrumentaux déchirants sont des improvisations enregistrées en moins de quatre heures en visionnant les images du film !
Miles Davis se plaisait à répéter que "la musique c’est aussi le silence entre les notes". Il a indéniablement mis en oeuvre cette approche à la fois minimaliste et émotionnelle pour "Ascenseur pour l’échafaud". "Je n’avais jamais vu le film avant. On m’a montré les images, et j’ai joué ce que je ressentais. C’était comme respirer", confiait-il encore dans une interview au magazine "DownBeat" en 1986.
Après ce premier coup d’éclat, Miles s’éloigne du cinéma même s’il autorise l’utilisation de sa musique pour quelques films mineurs. Entre deux tournées, il s’amuse pourtant à jouer (souvent son propre rôle) notamment dans la fameuse série télé "Miami Vice" (1985) ou dans une adaptation de "Scrooged" sur grand écran en 1988. Car, dans la mesure où on lui demandait de jouer un musicien, Miles était donc aussi un acteur !
S’il a composé la bande originale de "Dingo" (1991) avec Michel Legrand, son autre chef d’oeuvre pour les salles obscures s’appelle "The Hot Spot", un magnifique film très noir réalisé par Dennis Hopper en 1990. Il apporte sa trompette aux compositions de Jack Nietzsche en compagnie de John Lee Hooker et de Taj Mahal. Une autre de ces (rares) musiques de film qui file le grand frisson. Avec ou sans les images…
Concerts hommage:
Miles Davis aurait eu 100 ans cette année. Le festival Gent Jazz a eu la judicieuse idée de lui rendre hommage par deux fois avec le trompettiste Terence Blanchard & Ravi Coltrane tout d'abord et ensuite avec le bassiste Marcus Miller.
2 juillet: Terence Blanchard & Ravi Coltrane pour "Miles Davis é John Coltrane Celebration" partagent l'affiche avec, notamment Sun Ra Arkestra, Stanley Clarke...
10 juillet: Marcus Miller pour "We Want Miles!" avec le même jour Jules Tassin, Charles Lloyd Quartet...
Infos et réservations sur; www.gentjazz.com
(Stéphane Soupart - Photo : © Etienne Tordoir)
Photo : Portrait de Miles Davis à l’hôtel Président de Bruxelles (Belgique) le 29 octobre 1986
