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Née un 22 mai: Dalbello, une voix, plusieurs vies

  • 22 mai 2026 09:00

De la pop adolescente au rock alternatif, Lisa Dal Bello a sans conteste tracé une des trajectoires les plus singulières de la musique canadienne.

Lisa Concetta Dal Bello voit le jour en 1959 de parents italien et britannique. Elle grandit dans la banlieue de Toronto avant que sa famille ne s'installe à Vaughan, en Ontario. Souvent l’environnement familial sert de détonateur ou même d’incubateur à une carrière. En ce qui concerne Dalbello, rien (absolument rien serait-on tenté d’ajouter) ne laisse présager de la future trajectoire d'une artiste qui allait durablement bousculer les codes de la scène rock canadienne. On ne sait trop d'où lui vient cette envie irrépressible d'apprendre la guitare en autodidacte à un âge où la plupart de ses voisines jouent encore à la poupée.

Elle se sent une âme de "protest singer" à la Joan Baez et ne rate pas une occasion de se produire sur les planches avec sa seule guitare. Evidemment, bien qu’imparfaite, une de ses premières compositions Oh, Why? est destinée à ruer dans les brancards. Si l’enrobage musical évoluera fortement par la suite, la volonté de titiller, de suspendre voire même de choquer restera un fil conducteur de son travail, jusqu’à aujourd’hui encore.

Obstinée autant que fêtée, mentant sans sourciller sur son âge, elle intègre à l’âge de 13 ans un programme éducatif musical gouvernemental qui ambitionne de donner une première chance à 30 trente jeunes pousses, ce qui lui permet d’enregistrer un premier EP avec quatre compositions personnelles à l’âge de 14 ans. Pas mal pour un début !

A 19 ans, en pleine période disco, elle signe un premier album éponyme de pop dansante enregistré à Los Angeles. Si elle est célébrée comme "chanteuse la plus prometteuse" au pays de l’érable, elle ne dévoile que progressivement une singularité qui la rapprochera finalement plus de Nina Hagen que de Cindy Lauper. Une sorte de Kate Bush punk en quelque sorte !

Malgré un indéniable succès au Canada, la chanteuse décide de prendre du recul et se consacre à l’écriture de poésie. "Je ne voyais aucun intérêt à continuer d’enregistrer sans avoir encore trouvé ma voie" déclare-t-elle au magazine Billboard.

Mick Ronson, ancien guitariste de David Bowie à l’époque de Spiders of Mars, la convainc de retrouver le chemin des studios avec un projet musical plus ambitieux mais aussi plus tortueux. Aux antipodes de la pop qu’elle pratiquait jusqu’alors, l’album "whomanfoursays" (1984) défie toutes les classifications. La transformation est radicale mais génère quelques titres, "Gonna Get Close To You" et "Animal", qui se fraient un chemin jusqu’en Europe.

Si les artistes féminines occupent aujourd’hui l’avant plan de la scène musicale, au mitan des années '80, il était autrement plus difficile de décider de sa carrière en tant que femme. Sois belle, tais-toi et suis à la lettre les diktats d’une industrie sur laquelle le patriarcat règne. Devant le refus de son manager et de son label de lui confier les rênes de sa propre destinée artistique, Dalbello imagine une ruse devenue légendaire : elle soumet ses maquettes sous un pseudonyme masculin. Devenue Bill Da Salleo (simple anagramme de son propre nom), elle gagne alors le droit d’enregistrer et, après de discrètes sessions d’enregistrements nocturnes pour ne pas dévoiler son identité réelle, elle ne révèle finalement a supercherie qu’une fois le projet validé par le label ! L’album "She" (en clin d’oeil à son alter-ego masculin fictif passé à trépas) sort finalement en 1987. David Gilmour (Pink Floyd) joue de la guitare sur Immaculate Eyes. Sans doute échaudée par le show business, elle ne produira plus qu’un seul album en 1995 dont le titre "Whore" se décrypte autant comme une provocation que comme un combat.

(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)

Photo: Portrait de Dalbello sur la Grand Place de Bruxelles (Belgique) en septembre 1984

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