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Née un 27 août : Cesaria Evora, la diva aux pieds nus du Cap Vert

  • 27 août 2026 19:00

Cesaria Evora voit le jour en 1941 à Mindelo, sur l'île de São Vicente. Le Cap-Vert était alors une colonie portugaise et le port jouait un rôle essentiel pour le contrôle de l’Atlantique.


Carrefour de marins venus du monde entier, de musiciens du cru et de cette étrange mélancolie qui vous saisit un fois le pied posé sur la terre ferme, la ville écrasée de chaleur et toujours un peu assoupie a façonné toute son œuvre. C'est dans ses bars, ses ruelles et sur son port dans lequel gisent encore de vieux rafiots rouillés rongés par le sel que la jeune Cesaria grandit, bercée par la morna, ce genre musical cap-verdien empreint de nostalgie et de "saudade" ce sentiment de manque qui saisit chaque îlien éloigné de chez lui ou contraint à l’exil.

Orpheline de père très jeune, elle est élevée dans un orphelinat après que sa mère, dans l'incapacité de subvenir aux besoins de tous ses enfants, la confie à une institution. Considérée, malgré sa pauvreté, comme la capitale culturelle de l’archipel, Mindelo a toujours été un vivier musical extraordinaire. Leurs noms n’ont jamais brillé au fronton des hit-parades internationaux mais la ville a vu naître ou grandir un nombre impressionnant d’artistes comme Bau, Fantcha, Tito Paris ou encore le maître luthier que j’ai eu l’honneur de voir en plein travail.

Comme s’il s’agissait d’un prolongement naturel de tout son être, Cesaria commence à chanter, dès l'adolescence dans les nombreux bars du port et même sur les bateaux pendant une escale. Pendant près de trois décennies, son talent reste cantonné à sa ville natale. Elle doit aussi affronter une dépression chronique et se battre conte une consommation d’alcool excessive. Un problème auquel elle restera confrontée une fois le succès venu.

Tout bascule dans les années 1980, lorsqu'elle est repérée par José da Silva, un Cap-Verdien vivant en France, qui l'invite à Paris. En 1988, elle enregistre son premier album international, « La Diva aux pieds nus ». Ce surnom qui lui restera jusqu’au bout car elle avait pour habitude de se produire pieds nus sur scène, « en hommage aux femmes pauvres » de son pays aime-t-elle répéter. L’album « Miss Perfumado » (1992), et plus encore « Cesária » (1995) avec le fameux "Sodade" parachèvent sa réputation internationale. On l’acclame alors de Paris à New York, de Lisbonne à la Russie en passant par l’Amérique du Sud et même l’Islande.

En 2004, elle remporte un Grammy Award pour l'album « Voz d'Amor » et, toujours pieds nus, foule les scènes les plus prestigieuses comme l’Olympia à Paris, le Carnegie Hall à New York, Bozar à Bruxelles ou l’Hollywood Bowl de Los Angeles. Cesaria vend désormais des millions d'albums mais retrouve toujours avec plaisir sa petite maison jaune au centre de Mindelo, juste derrière le Palacio do Povo au 24 Rue Guerra Mendes transformé aujourd’hui en musée. La chanteuse nous quitte le 17 décembre 2011 dans cette petite ville si particulière qui l'a vue naître et qu'elle n'a jamais vraiment quittée. Depuis 2012, l’aéroport de son île porte désormais son nom avec une fresque monumentale en son honneur. Une statue en bronze à son effigie accueille aussi les voyageurs. Elle n’en aurait sans doute tiré aucune fierté particulière préférant certainement que ses chansons continuent à plonger l’auditeur dans cette mélancolie si particulière de la « saudade »…

(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)

Photo: Cesaria Evoria sur la scène de Bozar à Bruxelles (Belgique) le 26 mai 1997

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