Róisín Murphy, a vu le jour en 1973 à Arklow, dans le comté de Wicklow mais aucune trace du riche patrimoine musical de la verte Eirin dans sa musique.
Róisín s'établit en Angleterre avec sa famille à l'âge de douze ans. Trois ans plus tard, ses parents rentrent en Irlande, mais elle choisit de ne pas les suivre. Tant pis pour ses racines, elle n’écoute que très peu The Chieftains, Van Morrison ou The Pogues. A Manchester, où elle s’installe, elle prend autant de plaisir à chiner dans les friperies qu’à découvrir le rock alternatif et surtout le trip hop qui commence à émerger.
Sa carrière décolle dans les années 1990 lorsqu'elle rencontre Mark Brydon avec lequel elle fonde le duo Moloko. Leur mélange de trip-hop et de funk se révèle ensorcelant. Encore et toujours tripatouillés par les remueurs aujourd’hui, on vous conseille les sept minutes irrésistibles de "Forever Now" , "Fun For Me" ou le Soulfood Remix de leur plus grand succès "The Time Is Now". Moloko ("lait" en russe) a aussi le mérite de nous apprendre un nouveau mot dans la langue de Pouchkine après Korova ("vache"), le micro-label de Echo & The Bunnymen au début des années 80. Entre 1995 et 2003, Moloko nous offre seulement quatre albums dont certains titres restent toujours dans les annales: "Do You Like My Tight Weaver?" (1995) ou "Things To Make And Do" (2000) par exemple. Sur la compilation de leur carrière "Catalogue" (2006), on trouve un inédit qui indique vraisemblablement l’état d’esprit des deux comparses dans les derniers mois de leur aventure commune: "Bankrupt Emotionally". S’ils se retrouvent dans la foulée pour quelques performances acoustiques, Róisín a depuis toujours confirmé qu’une reformation en bonne et due forme lui semblait impossible. Il faut dire que sa propre carrière l’occupe à temps plein et lui procure succès après succès.
Depuis "Ruby Blue" (2005), sa carrière solo est marquée par une exploration constante des musiques électroniques. Des épices disco voire même jazzy peuvent être aussi humées au détour de certains refrains. Coécrit et coproduit avec le musicien expérimental Matthew Herbert, "Ruby Blue" se démarque nettement du répertoire de Moloko. Le second "Overpowered" (2007) opte pour une coloration electro-disco. La plage titulaire, "Let Me Know "et "You Know Me Bette"r brillent d’un éclat particulier sous la boule à facettes. Une longue pause de huit ans lui permet de rencontrer le producteur italien Sebastiano Properzi et de s’installer durablement à Ibiza. La rencontre avec le père de son deuxième enfant la pousse sans doute a enregistrer "Mi senti" fin 2014 un délicieux EP entièrement en italien. Sa reprise de "Ancora" de Lucio Batisti est tout simplement superbe.
Hommage évident à Grace Jones (une de ses idoles) et à une disco volontairement sombre, "Hairless Toys" (2015) prouve que la chanteuse n’a rien perdu ni de sa pertinence, ni de son caractère innovant. Les albums s'enchaînent ensuite à un rythme plus soutenu : "Take Her Up To Monto" (2016) puis "Róisín Machine" (2020) souvent considéré comme la porte d’entrée idéale à son univers. En 2023, elle signe avec le mythique label Ninja Tune et sort "Hit Parade", un sixième album un peu déroutant produit par l’Allemand DJ Koze. Elle décrit elle-même comme "un disque joyeux" mais on décèle un soupçon d’ironie dans cette affirmation. Comme la musique est aussi une histoire de famille chez les Murphy, c’est bien sa fille Cloodagh qui gazouille à ses côtés sur "Fader".
On ne tentera pas ici d’expliquer ses propos, en 2023 et 2026, sur le changement de sexe et les droits de la communauté trans. Chacun se fera une opinion. A ses dépends, la chanteuse a peut-être appris qu’au temps des réseaux sociaux omnipotents, il est parfois utile de tourner sept fois sa langue avant de s’exprimer publiquement. Sur ce point, bien avant l’apparition de X/Twitter, nos grands-mères avaient donc raison…
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo: Róisín Murphy sur la scène du Cirque Royal à Bruxelles (Belgique) le 16 mars 2024
