Ray Davies a vu le jour en 1944 à Muswell Hill (qui donnera peu ou prou le titre à un album de 1971). Le chanteur et principal compositeur des Kinks célèbre aujourd'hui son 81ème anniversaire
Comme les frères Gallagher au sein de Oasis, les frères Ray et Dave Davies se sont souvent chamaillés. Mélodiste hors pair doué d’un sens de l’écriture unique, Ray est sans aucun doute un des auteurs-compositeurs britanniques les plus influents de l'histoire du rock d'outre-Manche. Il n’a pas son pareil pour dépeindre les réalités sociales comme, comme il le fait par exemple, dans "Dead End Street" qui raconte le quartier populaire où il est né. C’est aussi lui qui est à la manoeuvre pour construire des albums dits conceptuels qui s’écoutent comme un film plutôt qu’une simple collection de refrains. Les albums de l’âge d’or des Kinks comme "The Village Green Preservation Society" (1968), "Arthur Or The Decline And Fall Of The British Empire" (1969), "Lola Versus Powerman And The Moneygoround" (1970) et bien entendu "Muswell Hillbillies" (1971) sont diverses facettes de l'ambition littéraire qui irrigue le répertoire du groupe anglais.
A partir de l‘album "Misfits" en 1978, c’est progressivement Dave et sa guitare tonitruante qui prennent l’ascendant sur le groupe. En virant carrément hard rock avec le live "One For The Road" et un succès croissant (mais de courte durée) aux Etats-Unis.
Depuis quelques dizaines d’années, Ray Davies reçoit quelques récompenses (il a été élevé au rang de Chevalier Commandeur par la Reine Elizabeth en 2014), confie ses plus grandes chansons à une chorale (en 2009 dont on retiendra surtout une version de "Days"), tâte de la solennité des grandes orgues pour la Cavendish Music Library (2024) et nous envoie des cartes postales du pays de l’Oncle Sam avec son dernier véritable album très justement intitulé "Americana" (2017)...
En 2026, alors que la comédie musicale "Sunny Afternoon" connaît un succès magistral au Royaume-Uni, Ray Davies s'est retrouvé malgré lui embringué dans une polémique qu'il n'a nullement déclenchée. Suite à une interview de l'artiste américain Moby dans les pages du quotidien anglais "The Guardian" dans laquelle ce dernier déclarait que les paroles de "Lola", emblématique chanson des Kinks millésime 1970, étaient non seulement "grossières" mais également "transphobes", il a bien été obligé de monter au créneau dans une défense pétrie de cette ironie qui a toujours été sienne. A la suite de son frère Dave, le sanguin de la famille, il a simplement commenté "Who the f*ck is Moby?". Certaines voix majeures de la communauté transgenre comme la très respectée chanteuse Jayne (ex-Wayne) County ont rappelé, à bon escient, que cette chanson a été écrite voici plus d'un demi-
siècle et qu'à l'époque, elle a permis de briser certains tabous. Pour rappel, "Lola" raconte (en résumé) la rencontre d'un jeune-homme plutôt naïf et fraîchement débarqué de sa campagne avec l'ensorcelante Lola rencontrée dans un club de Soho, le quartier chaud de Londres.
(Stéphane Soupart - Photo : © Etienne Tordoir)
Photo : Ray Davies avec les Kinks sur la scène du Cirque Royal de Bruxelles (Belgique) en avril 1985
