Presque oubliée à sa mort en 1977, Lee Miller retrouve une seconde vie grâce à ses archives familiales : le Musée d’Art moderne de Paris accueille la grande rétrospective de la Tate Britain, la plus ambitieuse jamais consacrée cette immense photographe.
Née en 1907 à Poughkeepsie, dans l’État de New York, Elizabeth "Lee" Miller commence par poser devant l’objectif avant de passer derrière la caméra. Mannequin vedette pour Vogue à la fin des années 1920, elle devient ensuite l’une des figures de la scène surréaliste parisienne aux côtés de Man Ray, avec qui elle expérimente notamment la solarisation. Dans les années 1930, elle ouvre son propre studio à New York, puis suit son futur mari, le peintre Roland Penrose, en Europe avant de devenir correspondante de guerre accréditée par l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, documentant notamment la libération de Paris et les camps de Dachau et Buchenwald. Ses photographies dans Paris libérée et dans l’appartement d’Hitler (elle se prendra en photo dans le bain du dictateur nazi) sont devenues iconiques. Elle se retire ensuite dans la campagne anglaise, où elle mourra en 1977, longtemps réduite au rôle de muse avant d’être reconnue comme une des grandes photographes du XXe siècle.
C’est cette vie aux multiples facettes que la grande rétrospective conçue par la Tate Britain et accueillie cet été par le Musée d’Art moderne de Paris entreprend de restituer. Le parcours revient sur ses débuts de mannequin, ses années surréalistes entre Paris, New York et Le Caire, ses portraits de mode pour Vogue, puis ses reportages de guerre au plus près des combats et des ruines européennes. L’exposition met l’accent sur la cohérence de son regard, capable de passer de l’expérimentation formelle à la chronique la plus frontale des atrocités de la guerre, sans jamais perdre une certaine distance poétique.
Presque oubliée à sa mort en 1977, Lee Miller connaît depuis quelques années un un net regain de visibilité : expositions monographiques, ouvrages biographiques, biopic avec Kate Winslet et, surtout, la mise au jour de ses archives familiales, conservées à Farley Farm dans le Sussex. Ce retour à la lumière doit beaucoup au travail patient de son fils et de sa petite-fille, qui gèrent les Lee Miller Archives. Ces fonds rassemblent près de 60 000 négatifs, tirages et documents, patiemment dépouillés par ses ayants droit, qui ont contribué à reconstituer l’ampleur de sa trajectoire. C’est en lien avec ces archives que la Tate Britain a organisé en 2025 la plus grande rétrospective jamais consacrée à l’artiste, devenue l’exposition photo la plus fréquentée de toute l’histoire de la Tate.
Le Musée d’Art moderne de Paris accueille cette rétrospective avec quelques ajouts pour rendre compte de l’attachement de Lee Miller à la capitale française. En installant cette rétrospective à Paris, ville décisive dans sa formation artistique, le Musée d’Art moderne ajoute une touche locale à cette relecture : tirages, documents et images d’archives rappellent combien la capitale a compté dans la construction de son identité de photographe. Loin de la figure figée de la muse surréaliste, c’est une artiste autonome, inventive et profondément moderne qui apparaît, telle que la reconnaît aujourd’hui l’historiographie de la photographie du XXe siècle.
Infos pratiques
Retrospective Lee Miller
Quand : jusqu’au 2 août 2026
Où : Musée d’Art moderne de Paris, 10 avenue du Président Wilson, Paris 16e
Photo : Retrospective Lee Miller à la Tate Britain (Londres), janvier 2026
