Aux États-Unis, c'est une tempête qui s’abat sur Netflix : le Texas poursuit la plateforme, l’accusant d’utiliser les données des utilisateurs sans véritable consentement et de favoriser la dépendance au streaming.
L’État du Texas a décidé d’attaquer Netflix en justice, accusant la plateforme d’avoir collecté et utilisé de manière abusive les données personnelles de ses utilisateurs, y compris celles de mineurs, et d’avoir conçu certaines fonctionnalités pour augmenter le temps passé devant l’écran. L’action en justice a été engagée par le procureur général républicain Ken Paxton, qui a déposé une plainte de près de soixante pages devant un tribunal de la région de Dallas. Le ton du document est particulièrement sévère : selon l’accusation, le modèle de la plateforme ne se limiterait pas au simple divertissement, mais exploiterait les habitudes numériques des utilisateurs pour générer des profits de plusieurs milliards de dollars. La formule choc contenue dans la plainte est déjà devenue virale aux États-Unis : “Quand tu regardes Netflix, Netflix te regarde”.
Dans le viseur : données personnelles et publicité ciblée
Selon l’État du Texas, Netflix aurait collecté des informations sensibles sur les utilisateurs sans un consentement réellement éclairé. Parmi les données mentionnées figurent la géolocalisation, les appareils utilisés, l’historique de navigation, les préférences de visionnage et même les recherches effectuées sur la plateforme. Par ailleurs, l’accusation affirme que ces informations auraient été partagées avec des régies publicitaires et des courtiers en données (“data brokers”) afin de créer des campagnes commerciales extrêmement ciblées. Un système qui, selon le procureur Paxton, aurait généré d’énormes revenus en exploitant le comportement numérique des abonnés. Une attention particulière est portée aux mineurs. La plainte soutient en effet que la plateforme aurait mis en place des outils capables d’accroître l’engagement psychologique des plus jeunes, favorisant une consommation continue et compulsive des contenus.
L’autoplay, symbole de la "dépendance au streaming"
Parmi les éléments les plus contestés figure la fonction “autoplay”, activée automatiquement à la fin des épisodes et des films. Pour le Texas, ce mécanisme contribuerait à retenir les utilisateurs en ligne plus longtemps, réduisant ainsi leur capacité à interrompre spontanément le visionnage. On peut lire dans la plainte que l’objectif de la plateforme serait de “garder les familles et les enfants scotchés à l’écran”, transformant le temps passé sur le service en données et en profits. Aux États-Unis, la question de la dépendance numérique est devenue de plus en plus centrale ces dernières années. Plusieurs autorités étatiques ont déjà lancé des actions similaires contre les grandes entreprises technologiques, en particulier dans le secteur des réseaux sociaux et de la publicité en ligne.
La réponse de Netflix : "Des accusations fausses et trompeuses"
Netflix a immédiatement rejeté l’ensemble des accusations par le biais d’un communiqué officiel. La société a qualifié la plainte de “dénuée de fondement”, basée sur des informations “inexactes et déformées”. L’entreprise a réaffirmé qu’elle respectait les réglementations en matière de vie privée et de protection des données dans tous les pays où elle est présente, en soulignant que la protection des utilisateurs constitue une priorité.
Derrière cette bataille judiciaire se profilerait aussi un enjeu politique majeur. Ken Paxton est, en effet, engagé dans la course aux primaires républicaines pour un siège au Sénat américain, et l’action intentée contre l’un des géants mondiaux du streaming pourrait lui assurer une visibilité publique considérable. Dans le même temps, cette affaire risque d’ouvrir un nouveau débat (à l’échelle mondiale) sur la relation entre plateformes numériques, utilisation des données personnelles et conception des algorithmes qui régissent notre temps en ligne.
Source : Paxton v. Netflix | DocumentCloud
