Il y a des groupes qui traversent les décennies en se contentant de répéter une formule gagnante (ou parfois perdante pour les plus masochistes). Mercury Rev n’a jamais été de ceux-là et on est bien en mal de leur coller une étiquette vite fait. Je ne m'y risque donc pas...
Depuis leurs touts premiers pas en 1989, le collectif originaire de Buffalo, dans l’État de New York, cultive sa singularité avec une réjouissante obstination. On peut ainsi affirmer que le chanteur et guitariste Jonathan Donahue joue le rôle d’un chef d’orchestre orientant les partitions du groupe tantôt vers un chaos volontairement désordonné, tantôt dans des univers d’une déchirante mélancolie. Leur dernier et envoûtant opus, « Born Horses » sorto en septembre 2024, premier enregistrement original en neuf ans, s’apparente ainsi à une sorte de spoken word jazzy qui flirte sans fausse pudeur avec la poésie.

On est désormais très loin du tumultueux premier album « Yerself Steam » (1991) qui offrait la part belle aux guitares conjointes, noisy et saturées, de Donahue et de Sean MacKowiak alias Grasshopper (sauterelle en français).
« Boces » (1993) prolonge cette veine volcanique, entre improvisations tourmentées et ruptures de ton qui donnent naissance, au forceps évidemment, à des prestations scéniques incendiaires et totalement imprévisibles.
Avec le départ de David Baker, en 1995, Mercury Rev effectue un virage à 180 degrés. Et ce ne sera pas le seul! Le groupe délaisse la fureur pour découvrir une certaine douceur mélodique avec une évidente délectation. « See You On The Other Side » amorce ce virage en 1995 mais c’est « Deserter’s Songs » en 998 qui s’impose comme une réussite magistrale. Cet album aux arrangements somptueux, nourri de cuivres, de cordes et de sonorités vintage, trône toujours parmi mes favoris des années 1990. Mercury prolonge le Rev (si je puis me permettre un jeu de mots bancal) avec un « All Is Dream » (2001) un peu plus sombre.
Les deux premières décennies du XXIème siècle confirment cette capacité à se renouveler sans cesse. « The Secret Migration » (2005), « Snowflake Midnight » (2008), puis « The Light In You » (2015) explorent tour à tour les territoires de l’électronique, d’une pop lumineuse et même d’une certaine introspection en ne retrouvant que partiellement la magie de « All Is Dream ». Sans doute symptomatique d’un syndrome de la page blanche que la plupart des romanciers affrontent un jour, « Bobbie Gentry’s The Delta Sweete Revisited » en 2019 n’est ainsi qu’une relecture intéressante mais anecdotique d’un album culte de la chanteuse américaine avec un casting de voix comme Lucinda Williams, Beth Orton ou Phoebe Bridgers (qu'on peut aussi voir comme actrice dans "Primetime"). D’autres collaborations ultérieures avec Hope Sandoval ou Norah Jones prouvent leur volonté de s’écarter des sentiers battus et de se permettre dorénavant toutes les audaces. « Born Horses » (2024) s’écoute ainsi comme le prolongement de cette veine contemplative. Au superlatif…
CONCERTS:
Lundi 19 octobre: Tivoli Vredenburg - Utrecht (Pays-Bas)
Mardi 20 octobre: CCH - Hasselt (Belgique)
Mercredi 21 octobre: CC30 Schouwburg - Leuven (Belgique)
Samedi 24 octobre: Stadsschouwburg - Bruges (Belgique)
(Stéphane Soupart - Photo: © Christophhe Dehousse)
Photos 1&2: Mercury Rev sur la scène de Het Depot à Leuven (Belgique) le 12 novembre 2024
