Preloader

Égypte : l’ancienne crypte des 22 prêtres-chanteurs ouverte pour la première fois à Louxor

  • 24 mai 2026 13:30

À Louxor, une chambre creusée dans la roche abrite des sarcophages peints, des momies et des papyrus scellés du Troisième Période Intermédiaire, quasiment intacts.

À l’intérieur de la roche, sur la rive occidentale de Louxor, les sarcophages avaient été disposés avec une précision presque domestique : un espace exigu, exploité jusqu’au dernier centimètre, du bois peint, des couvercles séparés des cuves, des rangées superposées comme dans un dépôt où chaque geste avait été pensé. La mission archéologique égyptienne a mis au jour 22 sarcophages en bois polychromes, renfermant encore des momies, ainsi qu’un ensemble de huit papyrus rares, dont certains portent encore leur sceau d’argile d’origine. La découverte a été faite dans la zone de Gournah, au sein de la nécropole d’Asasif, l’un des complexes funéraires les plus importants de la Thèbes antique, l’actuelle Louxor.

Les voix d’Amon

Sur les sarcophages, un titre revient plus souvent que les autres : chantre ou cantatrice d’Amon. Ainsi, à la place des noms personnels apparaissent des fonctions, des rôles, des appartenances. Une trace infime, et pourtant immense, car elle détourne le regard des grandes figures royales pour le porter sur celles et ceux qui vivaient au cœur de l’organisation religieuse des temples. Amon était l’une des divinités centrales de l’Égypte antique, vénérée surtout à Karnak, le grand complexe templier de Louxor. Chanter pour le dieu signifiait participer à des rites, des fêtes, des cérémonies, des moments où la musique, la voix et le geste avaient un poids à la fois sacré et social.

La chambre remonte à la Troisième Période Intermédiaire, entre les XXIe et XXVe dynasties, soit grosso modo entre 1070 et 664 avant notre ère. Il s’agit d’une phase moins évidente à raconter que l’Égypte des pyramides ou celle de Toutankhamon : le pouvoir politique se fragmente, le clergé thébain conserve un rôle très fort, les temples continuent d’être des centres religieux, économiques et administratifs. Dans ce monde-là, les chanteuses d’Amon occupaient une fonction reconnue. Le fait que leurs titres reviennent si souvent sur ces sarcophages ouvre une fenêtre concrète sur la vie et la mort des femmes liées au culte, des figures respectées et encore peu documentées dans leurs détails matériels.

Une pièce pleine à ras bord

La chambre funéraire était rectangulaire et creusée directement dans le banc rocheux. Les archéologues l’interprètent comme un dépôt funéraire, probablement utilisé pour accueillir des sarcophages déplacés depuis des sépultures antérieures. La disposition des lieux le suggère fortement : dix rangées horizontales, plusieurs niveaux et des couvercles séparés des cuves pour optimiser l’espace. Ici, le mystère a moins à voir avec l’or qu’avec la logistique antique, et répond à la nécessité de protéger, rassembler et conserver les corps et les objets dans une phase historique complexe.

Aux côtés des sarcophages, des vases en céramique ont également été retrouvés. Ils contiendraient des matériaux utilisés pendant la momification. C’est un détail important. Huiles, résines, natron, tissus, résidus organiques : chaque trace, si elle est conservée, peut ajouter une pièce au puzzle de la manière dont les corps étaient traités et le passage dans l’au-delà préparé. En archéologie, une croûte sur un vase en dit parfois plus qu’une statue parfaite.

Ces papyrus encore scellés

Les huit papyrus sont peut-être la partie la plus délicate de la découverte. Ils se trouvaient dans un grand vase en terre cuite et certains portent encore leur sceau d’argile. Avant de pouvoir être étudiés, ils devront être restaurés, dépliés, traduits et analysés sans être endommagés. À l’intérieur pourraient se trouver des textes religieux, des documents administratifs, des formules funéraires, des registres liés au temple ou à la gestion de la sépulture. Pour l’instant, c’est leur état de conservation qui importe : le sceau resté en place indique une préservation exceptionnelle, une sorte d’enveloppe fermée parvenue jusqu’à nous après près de trois mille ans.

Le travail le plus urgent concerne, pour l’instant, les sarcophages. Le bois est fragile, les fibres sont altérées, les couches de plâtre peint se soulèvent et les pigments risquent de perdre leur adhérence. Les restaurateurs sont intervenus pour mener des opérations de consolidation, de nettoyage mécanique et de documentation photographique et architecturale avant leur transfert vers les dépôts. Ici, la beauté passe après la stabilité. Il s’agit d’abord de maintenir ensemble ce que le temps a laissé debout.

Reste à comprendre de quelles tombes provenaient ces sarcophages. La mission poursuit les fouilles précisément pour reconstituer le parcours des objets, des corps et des personnes auxquels ils appartenaient. La question porte sur leur premier lieu d’inhumation, la raison de leur déplacement et sur le réseau religieux qui les unissait. Louxor continue de fonctionner ainsi : chaque nouvelle pièce semble close, puis elle ouvre un couloir d’interrogations plus vaste que la pièce elle-même. Et cette fois, à l’intérieur de cette chambre, se trouvaient des voix inscrites sur le bois.

Source : Ministère du Tourisme et des Antiquités

Partager: