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Marathonien du saxo et de l’impro, Sonny Rollins a rendu son dernier souffle

  • 27 mai 2026 12:15

L'histoire du jazz perd l'un de ses derniers colosses. Sonny Rollins, saxophoniste ténor et compositeur américain d'une influence immense, est mort lundi 25 mai 2026 à son domicile de Woodstock, dans l'État de New York, à l'âge de 95 ans.

C'est son agent, Terri Hinte, qui a confirmé son décès aux médias, sans en préciser la cause exacte, indiquant seulement que le musicien était confiné chez lui ces dernières années en raison de divers problèmes de santé. Mais plusieurs sources mentionnent une longue bataille contre un cancer de la prostate.

Theodore Walter Rollins le 7 septembre 1930 à New York, Sonny Rollins a été le compagnon de route de tous les géants du jazz, à partir de Charlie 'Bird' Parker (1920-1955). Sa carrière, qui s'étale sur plus de sept décennies, compte une vingtaine d'albums majeurs qui laissent une trace indélébile sur l'histoire du jazz. Considéré comme l'un des plus grands saxophonistes ténor de tous les temps, Rollins a succédé à Charlie Parker et Dexter Gordon comme figure dominante de l'instrument, développant un style reconnaissable entre tous, caractérisé par sa puissance, sa maîtrise technique et son approche thématique innovante.

Dans le quartier populaire de Harlem où il grandit, Sonny Rollins découvre très tôt le jazz. En contact avec ses contemporains comme le contrebassiste Thelonious Monk, le pianiste Bud Powell et le trompettiste Miles Davis, trois figures majeures, il se familiarise ainsi avec le be-bop en vogue à cette époque. Mais ll se forge rapidement une identité propre, aux chromies extrêmement variées.


Dès les années 50, il s’impose comme un soliste hors pair et participe à des enregistrements qui font date dans l’histoire du jazz comme "Dig" (1951) avec Miles Davis ou avec le quintet de Thelonious Monk (1954) ou encore avec Art Blakey en 1956. Un an plus tard, épaulé notamment par Max Roach, il publie le magistral "Saxophone Colossus" (1956), incluant le célèbre thème "St. Thomas", son troisième album personnel , pierre angulaire de son imposante discographie, un des disques de jazz les plus importants jamais enregistrés. Le bonhomme en impose par sa stature physique, à laquelle il doit son surnom, mais aussi et surtout même, par l’étendue de son prodigieux talent de souffleur et d’improvisateur chevronné. 
 

Ce qui rendait Rollins particulièrement unique, ce sont les concerts-fleuves, une forme qu'il a pratiquée durant les trois dernières décennies de sa carrière, un format qui lui permettait de se rapprocher au plus près des publics et d'improviser pendant des heures sans interruption. Ces marathons d'impro, souvent en solo, ont redéfini les limites de ce qu'un saxophoniste peut proposer sur scène.  

Rollins a connu plusieurs périodes d'effacement de la scène publique, notamment ses célèbres exercices de pratique sur le pont de Williamsburg à New York dans les années 1950, où il s'isolait pour perfectionner son jeu. Ces moments de reflection et de travail intense témoignaient de son engagement obsessionnel envers son art et sa quête constante de perfection. Malgré son immense talent, il demeurait un musicien humble, souvent critique envers lui-même, toujours en recherche de progression.

Sa disparition marque la fin d'une ère pour le jazz américain. Rollins était le dernier des grands colosses du jazz de sa génération, ayant survécu à Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Miles Davis, John Coltrane et tant d'autres géants qui ont façonné le genre. Son héritage artistique continuera d'inspirer des générations de musiciens, tandis que ses enregistrements resteront des références absolues pour qui veut comprendre l'évolution du saxophone ténor et de l'improvisation jazzistique.

(JS - Photo © Etienne Tordoir : Sonny Rollins, en concert au Bozar (Bruxelles), le 11 octobre 1993 )

 

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