Attention légende vivante ! Ce vieux bonhomme bougon a vu le jour à Belfast
Alors qu'il pratique désormais une musique plus influencée par un blues puisé aux tréfonds des racines du genre, Van Morrison n'a jamais hésité à se confronter au public parfois moins attentif des grands festivals. Il a ainsi foulé une vingtaine de fois la scène du Montreux Jazz (Suisse) et y a enregistré des albums live entrés dans l'histoire en 1974 et 1980. Il a aussi marqué de son empreinte le North Sea Jazz de La Haye (Pays-Bas) ou, dès la toute fin des années 60, le légendaire Newport Festival où Bob Dylan, parmi d'autres, s'est révélé au grand public. Et le Gent Jazz où il s'est produit le 7 juillet figure également parmi ses étapes favorites. Après 2005, 2015 et 2022, il y survolera certainement "Somebody Tried To Sell Me A Bridge", un 48ème album très blues sorti en janvier 2026. Aux côtés de quelques compositions personnelles, on y retrouve un chapelet de reprises comme "Ain't That A Shame" de Fats Domino ou "Deep Blue Sea" de John Lee Hooker ainsi qu'un quarteron d'invités prestigieux, eux aussi blanchis sous le harnais comme Taj Mahal, Elvin Bishop ou Buddy Guy. Plus que jamais, Van Morrison joue, compose et enregistre pour le plaisir, le sien mais aussi le vôtre...
Si vous avez moins de 50 ans, vous pensez sans doute ne pas connaître cet artiste aujourd’hui octogénaire. Et pourtant, par delà les générations, absolument tout le monde s’est un soir ou l’autre déhanché sur "Gloria", le brûlot de Them millésime 1964. Car, à l’époque, les cinq garçons nord-irlandais avaient la ferme intention de tenir la dragée haute aux Rolling Stones. Sans les éternelles querelles d’ego (portées devant les tribunaux afin de s’approprier la paternité du nom !), ils auraient peut-être réussi leur pari. Mais quand Van Morrison se fait la malle en 1966, ils avaient juste deux albums à leur actif et seulement trois refrains qui ont traversé les âges : "Gloria" évidemment mais aussi "Baby Please Don’t Go" et "Here Comes The Night".
Aujourd’hui encore, alors qu’il dispose d’une discographie personnelle pléthorique (plus de 45 albums), Van Morrison continue au gré de ses humeurs de pimenter ses concerts de nombreuses reprises, de John Lee Hooker à Sonny Boy Williamson, de Hank Williams à Sam Cooke. Mais, par crainte de se faire lyncher par son public, il n’oublie jamais de lancer une énième version de "Gloria" en point d’orgue.

Si vous désirez découvrir cet extraordinaire conteur à la voix nasillarde si particulière, les albums "Astral Weeks" (1968) et "Moondance" (1970) méritent d’être sortis de la naphtaline. J’avoue aussi une tendresse particulière pour son "Duets : Re-working The Catalogue" (2015) produit par Don Was. Comme le titre l’indique, il s’agit de chansons exhumées de son répertoire et interprétées en compagnie d’artistes comme Mark Knopfler (Dire Straits), Mick Hucknall (Simply Red), Steve Linwood, Taj Mahal, George Benson, Bobby Womack et même sa propre fille Shana ("Rough God Goes Riding").
En janvier 2026, il a poursuivi son travail d'explorateur avec "Someone Tried To Sell Me A Bridge", un 48ème album (si, si!!) qui une fois encore nous emmène à la découverte de ce répertoire qui le fait toujours vibrer. Il remonte ainsi aux sources mêmes de sa musique en dépoussiérant classiques et refrains moins connus de B.B. King, Buddy Guy ou encore Lead Belly né en Louisiane en 1888 sous le nom de Huddie William Ledbetter. Comme Van The Man (comme on le surnomme souvent) possède un carnet de contacts épais comme la Bible (celles des Bayous), il a convié quelques connaissances à ses côtés comme Taj Mahal, Buddy Guy ou Elvin Bishop qui a joué avec The Allman Brothers ou B.B. King. Une légende entourée d'étoiles en quelque sorte...
(Stéphane Soupart - Photo : Etienne Tordoir)
photo 1: Van Morrison sur la scène du festival Gent Jazz (Belgique), le 14 juillet 2022
Photo 2: Van Morrison sur la scène du festival de Werchter (Belgique), en juillet 1983
