Nous sommes en février 1964 à Göteborg, dans le sud-ouest de la Suède. Le journaliste Åke “Dacke” Axelsson et le galeriste Yngve Funkegård parviennent à duper le milieu de l'art en exposant cinq toiles du "peintre français" Pierre Brassau.
Et, en réalité, toutes les œuvres exposées ont été réalisées par Peter, un chimpanzé du zoo local. Objectif ? "Critiquer l’art moderne et surtout, tromper le principal journal de Göteborg, le Göteborgs-Posten (GP)" indique le journaliste indépendant Peter Gröpman.
Un canular qui fonctionne parfaitement. Dans Göteborgs-Posten, le critique d'art Rolf Anderberg met à l'honneur un artiste peignant "avec la délicatesse d'un danseur de ballet". De son côté, le quotidien Göteborgs Handels och Sjöfartstidning salue son "enchevêtrement de coups de pinceau puissants".
Coup d'éclat et public en colère
Malgré la révélation de la supercherie, M. Anderberg reste sur ses positions : selon lui, il s'agit bien du "meilleur tableau de l'exposition". Le piège est si bien ficelé qu'un collectionneur privé, une fois Pierre Brassau démasqué, achète l’une des toiles pour un montant de 450 couronnes suédoises (soit près de 40 euros au cours actuel).
Si le journaliste Åke "Dacke" Axelsson a été acquitté après un signalement de l’Organisation nationale des artistes suédois (KRO), le galeriste a, quant à lui, été contraint de fermer son établissement. En cause ? Un boycott du public, comme l'a rappelé Peter Gröpman dans un podcast pour Sveriges Radio.
Autre fait marquant : se confiant au média 20 Minutes, le zoo de Borås explique s'être fait rouler dans la farine en 2009 en investissant 2 200 couronnes (environ 200 euros) dans une œuvre qui s'est révélée être une fausse imitation de leur propre singe. "En comparant le tableau acheté avec des photographies de l’exposition, nous nous sommes rendu compte qu’il ne s’agissait pas du tableau d’origine."
