Hubert-Félix Thiéfaine voit le jour en 1948 à Dole, dans le Jura, au sein d'une famille nombreuse de six enfants très catholique mais il fini par délaisser la croix et le goupillon pour s’émanciper dans une liberté grammaticale joyeusement hallucinée.
Adolescent, il envisage pourtant sérieusement la prêtrise et intègre le petit séminaire, où il reste donc quatre longues années avant de bifurquer vers l'université de Besançon pour y étudier la psychologie. Finalement, les diablotins du yéyé, au premier rang desquels Johnny Hallyday et Claude François, n’auront pas eu trop de mal à le détourner des Saintes Evangiles…
C'est aussi dans le chef-lieu du Jura qu'il croise la route du guitariste Claude Mairet auquel sa carrière restera longtemps liée. Ensemble, ils construiront cet environnement sonore hors des sentiers battus qui n’est pas sans évoque l’univers de Christian Decamp (Ange) voire même Christian Vander (Magma)…
En 1973, alors qu’il connaît la galère à Paris, il crée un premier spectacle sans concessions: "Comme un chien dans un cimetière". Il rencontre un groupe nommé Machin (aucun rapport avec le Big Bazar de Michel Fugain). Ensemble, sur des arrangements de Tony Carbonare (Jurassien lui aussi), ils donnent naissance à une poignée albums folk rock mais déjà bien déjantés. Les titres des différents volets de leur triptyque parlent d’eux-mêmes " …tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir…" (1978), "Autorisation de délirer" (1979) et "De l’amour, de l’art ou du cochon?" .(1980). Thiéfaine s’installe ainsi dans la marge, voire même la marginalité, mais accueille petit à petit dans sa chapelle les réfractaires aux musiques trop faciles. Jusqu’à "Géographie du vide", son 18ème et dernier album en date (2021), le bougre d’homme ne changera jamais son fusil d’épaule.

Celui qu’on décrit parfois comme l’"ange noir du rock français" considère sans doute le Top 50, les disques d’or et autres Victoires de la Musique comme autant d’inventions de Belzébuth pour le détourner de sa trajectoire. Il se sent néanmoins proche d’un certain blues décharné et enregistre deux disques aux États-Unis dans lesquels on sent poindre la douleur de cette musique de lutte: "Chroniques bluesymentales" enregistré à New York en 1990 avec Barry Reynolds et "Fragments d’hébétude" qui voit le jour un an plus tard à Los Angeles avec la complicité du guitariste Chris Spedding. Par la suite, Thiéfaine continue de collaborer avec d’autres guitaristes comme Arman Méliès, Jipé Nataf (Les innocents) et puis, par touches sporadiques, avec son fils Lucas depuis 2006 et de manière pérenne depuis 2015.
Malgré une présence médiatique volontairement discrète, Thiéfaine bénéficie d'un soutien indéfectible d’un public extrêmement fidèle. Il ne les exhibe certainement pas sur sa cheminée mais la plupart de ses albums ont été certifiés "disque d’or" ce qui, de nos jours, frise l’exploit. La singularité stylistique de son oeuvre est aujourd’hui étudiée (disséquée même) dans certaines universités. Mon petit doigt me dit que ce trublion de la langue française a quand même ressenti une certaine fierté lorsqu’une première thèse de doctorat à l’université Paul Valéry de Montpellier a été défendue avec succès en octobre 2025.
Concerts:
Vendredi 25 octobre: Le Forum - Liège (Belgique)
Vendredi 22 janvier 2027: Cirque Royal - Bruxelles (Belgique)
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo 1: Hubert-Félix Thiéfaine sur la scène des Halles de Schaerbeek à Bruxelles (Belgique) le 18 juillet 1991 (© Etienne Tordoir)
Photo 2: Hubert-Félix Thiéfaine sur la scène du Cirque Royal à Bruxelles (Belgique) le 18 novembre 2023 (© Etienne Tordoir)
Photo 3: Lucas Thiéfaine avec son père sur la scène de Forest-National à Bruxelles le 23 octobre 2019 (© Etienne Tordoir)

