Denis Quilliard, alias Jacno tout simplement, voit le jour en 1957 à Paris. Décédé en 2009, il laisse dans son sillage vénéré le souvenir d'un dandy pop raffiné, chantre des débuts de l'électro française.
Son pseudonyme lui colle à la peau dès le lycée, ses camarades le surnommant ainsi en raison de sa consommation effrénée de cigarettes Gauloises, sur le paquet desquelles figure le dessin d'un casque ailé signé par le graphiste Marcel Jacno. Une filiation un peu alambiquée que le futur artiste finit par adopter comme une évidence…
D’un tempérament aussi rebelle que volcanique, le jeune homme vit ce qu’il est convenu d’appeler une scolarité difficile. C’est aussi au sein du lycée Rodin qu’il rencontre d’autres musiciens en devenir qui participeront à l’éclosion du punk hexagonal comme ceux du bien nommé Métal Urbain. Jacno n’est pas en reste puisqu'il empoigne une guitare pour faire du bruit au sein des… Stinky Toys, dont un des faits d’armes les plus glorieux consiste en une participation à un festival punk à Londres. Le public anglais du 100 Club n’en garde pas un souvenir impérissable mais les petits frenchies eux se gargarisent d’apparaître en couverture du "Melody Maker," concurrent à l'époque de la bible musicale hebdomadaire, le "New Musical Express". Elli Medeiros et ses petits cris déjà perçants font partie de cette brève aventure qui laisse deux albums cultes derrière elle: "Plastic Faces" (1977) et "Stinky Toys" (1979) avec sa fameuse pochette d’un jaune criard.
En 1979, Jacno opère une mue radicale. Il connaît le succès en solo avec Rectangle, un morceau instrumental simpliste joué au synthétiseur et à la guitare. Olivier Assayas, réalisateur notamment du tout récent "Le mage du Kremlin" (2026), met en images pour lui un véritable court métrage abstrait de huit minutes tourné dans les tours du quartier de Beaugrenelle à Paris. Aux antipodes des décibels saturés du punk; le "son Jacno", épuré et cristallin, est ainsi porté de fort belle manière sur les fonts baptismaux. Repris deux décennies plus tard par Gigi d'Agostino sous le titre La Passion, le morceau connaît ainsi une seconde jeunesse inattendue. Nesquik, la boisson chocolatée en poudre, a aussi participé à la notoriété du titre en l’utilisant pour ses pubs télé dès sa sortie.
Avec sa compagne Elli Medeiros, Jacno embraie sur le duo Elli & Jacno pour une poignée albums minimalistes et rafraîchissants, "Tout va sauter" (1980) et "Boomerang" (1982) par exemple, avec quelques succès de pop electro naïve à la clé comme Main dans la main. Le duo participe à la bande originale du film "Les Nuits de la pleine lune" d'Éric Rohmer en 1984. Magicien des couleurs primaires et ami de longue date, le styliste Jean-Charles de Castelbajac crée le costume de scène de jacno pour un concert à l'Olympia en 1985.
Loin des feux de la rampe, Jacno poursuit ensuite discrètement sa carrière en coulisses notamment comme producteur. Il a ainsi imprimé sa patte à "Amoureux solitaires" de Lio (qui se vendra à plusieurs millions d'exemplaire), "Mythomane" d’Étienne Daho, "Tombé du ciel" de Jacques Higelin. Il s'occupe aussi de Daniel Darc et de quelques refrains murmurés par l’actrice Pauline Lafont. Complice plutôt que réalisateur démiurge, Jacno noue le plus souvent de sincères relation d’amitié avec les artistes auxquels il apporte ses lumières. Ainsi, déjà auréolé de son succès, Daho ne se fait pas prier pour produire en retour "T’es loin, t’es près", deuxième album personnel de Jacno (1989), dont la discographie en solo qui, qui se prolonge jusqu’à "Tant de temps" (2006) finit par compter pas moins de sept chapitres. A défaut de mémorables succès populaires, on notera une mise en musique de "Tant de baisers perdus" sur un texte de Françoise Hardy. En 2006, dans la foulée de ce qui restera son dernier témoignage discographique, l’artiste subtilement provocateur publie "Itinéraire d’un dandy pop", une autobiographie lucide parfois teintée d’auto-dérision.
Jacno meurt des suites d'un cancer dans la nuit du 5 au 6 novembre 2009, à l'âge de 52 ans. Daniel Darc, ex-chanteur du groupe Taxi Girl lui aussi disparu trop tôt, n’hésite pas à voir en lui un "Bowie français". En 2011, un album hommage intitulé "Jacno future" réunit ses amis Étienne Daho et Jacques Higelin mais aussi Dominique A, Brigitte Fontaine, Benjamin Biolay et d'autres pour célébrer sa mémoire.
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo: Elli Medeiros et Jacno (à droite) sur le plateau d’une émission de la RTBf à Bruxelles (Belgique) le 10 mars 1982
