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Né un 3 juillet : Vince Clarke, de Depeche Mode à Doublespeak, une vie d'electro-pop

  • 03 juil. 2026 15:00

Vincent John Martin voit le jour en 1960 dans la banlieue nord-est de Londres avant que sa famille ne s'installe à Basildon, future Mecque de la synth-pop anglaise encore en gestation.

C'est dans cette ville ouvrière pas très éloignée de la capitale anglaise qu’il est initié à la musique par ses parents.  Violon et piano sont d’abord au programme pour lui dès les bancs de l’école élémentaire. S’il tâte ensuite de la guitare acoustique à l’adolescence, il développe rapidement un intérêt -proche de la fascination- pour les premiers synthés à la fois portables et abordables financièrement. Vince Clarke aime raconter que l’écoute d’"Electricity", le premier single de Orchestral Manoeuvres In The Dark sur le label Factory en 1979, a été un élément déclencheur pour lui. 

A une époque où les ultimes soubresauts du mouvement punk vivent leurs derniers coups d’éclats tonitruants, on ne voit pas toujours d’un très bon oeil débarquer de jeunes garçons un peu timides et propres sur eux ! Formé avec Andy Fletcher qui deviendra un rouage essentiel et très discret de Depeche Mode, Vince forme d’abord l’éphémère No Romance In China. Martin Gore se joint ensuite à eux pour French Look qui change rapidement son nom en Composition of Sound. En plus de pianoter sur son Korg, Vince Clarke tient aussi le micro jusqu’à l’arrivée de Dave Gahan. Empruntant son nom à un magazine de mode français aujourd’hui disparu, Depeche Mode peut ainsi éclore. Tant à l’écriture qu’au travail de production en studio, Vince Clarke sen sera la cheville ouvrière jusqu’à l’enregistrement de "Speak & Spell", leur premier album pour le label Mute de Daniel Miller, en 1981. Malgré le succès immédiat de titres comme "Just Can’t Get Enough", il décide de quitter l’aventure sur ce qui semble être un coup de tête. Les véritables raisons sont évidemment plus complexes mais Vince Clarke semble se sentir à l’étroit dans un groupe. La suite de sa carrière, riche en collaborations multiples et souvent émaillée de succès populaires, confirmera le côté dilettante de son caractère. En d’autres mots, il préfère un renouvellement constant à une stabilité qu’il juge asphyxiante.

La suite de ses aventures musicales ressemble un peu à un inventaire à la Prévert. Peu après son départ de Depeche Mode, il fonde le duo Yazoo avec Alison Moyet, une ancienne camarade de classe à Basildon. L’alliage de la voix soul de cette dernière et des refrains electro catchy de Clarke produit des étincelles avec l’album "Upstairs At Eric’s" (1982) puis "You And Me Both" (1983). Ils atteignent respectivement la deuxième et la première place du hit-parade anglais. Les singles "Only You" et "Don't Go" deviennent immédiatement des classiques du genre. Mais l'aventure encore une fois tourne court. Pour The Assembly, son projet suivant, il envisage de recourir aux services d’un chanteur différent pour chaque morceau. Un seul single Never, Never, verra le jour avec la voix si particulière de Feargal Sharkey, ancien chanteur des Undertones. Quarante-cinq petits tours et puis s’en vont mais Vince Clarke accroche un nouveau succès à son palmarès. Neil Arthur de Blancmange devait officier ensuite avant que The Assembly ne s’évapore. Il faudra 40 ans pour que les deux artistes se retrouvent au sein de Doublespeak en 2026…

L’homme aux synthés continue avec la même obstination à chercher sa voix, à dénicher LA voix qui le fera définitivement chavirer. C’est par l’intermédiaire d’une petite annonce dans un hebdomadaire musical qu’il fait ainsi la rencontre de Andy Bell en 1985. A ses côtés, il découvre enfin une forme de stabilité artistique. En quatre décennies avec Erasure, ils ont enregistré plusieurs albums ensemble sans jamais s’interdire de voler chacun de leurs propres ailes. Une forme de mariage libre en quelque sorte…

Les huit premières années d'existence du groupe, de 1986 à 1994, seront les plus prolifiques avec de nouveaux succès comme "Sometimes", "A Little Respect", "Blue Savannah" ou "Always". Mais le sorcier des synthés de Basildon continue de répondre à des propositions de collaboration ou même à les susciter lui-même. En 2015, il accepte ainsi l’invitation de Jean-Michel Jarre pour le projet "Electronica 1: The Time Machine". Sur chaque titre de l’album, le compositeur français invite un grand nom de la musique électronique à le rejoindre. Vince Clarke inscrit sono aux côtés de Moby ou de Gesaffelstein. En 2011, il avait aussi retrouvé Martin Gore, son ancien comparse de Depeche Mode, pour un album de techno minimaliste (selon ses propres dires) sous le nom de VCMG. Pour la toute première fois en 2023, il appose son seul nom sur la pochette de "Songs Of Silence". "Pour la première fois", confiera-t-il "je ne me suis mis aucune pression d’aucune sorte!".

Après le décès de son épouse en 2024, son ami Neil Arthur l’aide à remonter la pente en sortant des oubliettes une idée enfouie dans leurs cartons respectifss. Dans leur jeunesse, peu après la sortie de la mythique compilation "Some Bizzarre" à laquelle ils participent après des vacances impromptues à Tenerife, Neil et Vince se découvrent une passion commune pour ABBA. Quarante ans plus tard, ces souvenirs forment le terreau de Doublespeak. Naturellement une des reprises au programme, "The Visitors", est empruntée au répertoire du groupe suédois. Avec la complicité du producteur Benge, ils finissent à un rythme de sénateur par finaliser un disque qui navigue entre icônes post-punk (Fad Gadget, The Sound, Young Marble Giants), pop sucrée des années 70 (David Essex, The Carpenters) et quelques trésors oubliés des années 90 (The Magnetic Fields, Ed Dowie, Laptop).

(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)

Photo: Vince Clarke (à droite) avec Erasure et Andy Bell (à gauche) sur la scène du Manhattan à Leuven (Belgique) le 30 mai 1986

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