Richard "Rick" Davies voit le jour en 1944 à Swindon en Angleterre, au sein d'une famille modeste. En 1969, il publie une petite annonce qui va changer sa vie dans un hebdo musical...
Enfant, il découvre la musique en écoutant le batteur de jazz Gene Krupa, ce qui le conduit d'abord vers les percussions. Des casseroles au djembé, les gamins aiment tapoter sur tout ce qui passe à leur portée et Rick ne déroge pas à la règle. Rapidement pourtant, il s'initie au piano en autodidacte et y trouve ce qui restera son instrument de prédilection. Passionné de jazz et de blues, il intègre d'abord des groupes locaux qui puisent leur inspirations dans ces sources intarissables. Au sein de Rick's Blues, il croise Gilbert O'Sullivan, le futur interprète de "Alone Again (Naturally".
En 1969, après quelques autres expériences sans lendemain, il publie une petite annonce dans le bien dénommé "Melody Maker", un hebdo anglais spécialisé musique. Jeune homme de bonne famille aux antipodes de ses propres origines sociales, Roger Hodgson est un des premiers à répondre à l’appel. Immédiatement, le courant passe entre eux. Leur complicité durera jusqu’en 1983 avec le départ fracassant et définitif de Hodgson. Ils appellent d’abord leur groupe Daddy avant d’opter pour Supertramp, en s’inspirant de "The Autobiography of a Super-Tramp", livre de l'écrivain gallois William Henry Davies sans qu’existe aucun lien de parenté entre lui et Rick.
Après deux premiers albums confidentiels, "Supertramp" (1970) et "Indelibly Stamped" (1971), le duo Davies-Hodgson trouve la formule avec le mémorable "Crime Of The Century" (1974) porté par les compositions de Davies comme "Bloody Well Right", la longue plage titulaire mais aussi "Dreamer" (une composition de Hodgson). Le saxophone de John Helliwell n’est pas non plus étranger à cette alchimie gagnante. Alors que tous les titres de l’âge d’or de Supertramp étaient sobrement signés Davies/Hodgson, comme Lennon/McCartney chez les Beatles, la complicité créatrice commune des deux hommes s’est rapidement érodée chacun optant pour une écriture en solitaire. Cette complémentarité a néanmoins donné naissance à des albums majeurs comme "Crisis? What Crisis?" (1975), "Even In The Quietest Moments" (1977) et enfin, le sommet commercial du groupe, "Breakfast In America" (1979), d’ailleurs récompensé aux Grammy Awards.
En 1983, alors que le bien nommé " …Famous Last Words… " voit le jour, Roger Hodgson s’engage dans une carrière solo et publie rapidement "In The Eye Of The Storm" (1984). Un accord informel, jamais couché sur le papier, est alors conclu entre les deux hommes. Davies conserve le nom du groupe et continue de le faire vivre tandis que Hodgson conserve ses propres compositions que Supertramp s'engage à ne plus interpréter sur scène. Ce pacte, fondé sur la confiance plutôt que sur un contrat, sera évidemment source de tensions et de litiges juridiques entre les anciens compères. Même si leur différend est désormais inconciliable, les deux musiciens savent au fond d’eux-mêmes que c’est bien l’association de leurs deux personnalités qui faisait la grandeur de Supertramp. De là à l'avouer publiquement…
En 1985 paraît "Brother Where You Bound", un disque plus sombre porté par une pièce de seize minutes sur la Guerre froide, avec la participation de David Gilmour à la guitare. Le groupe se sépare une première fois en 1988 après une tournée mondiale peu convaincante mais devant un public toujours aussi nombreux. Ensuite, Supertramp se reformera par deux fois (1996 et 2002) sans réussir à enchanter complètement des spectateurs cependant fidèles jusqu’à leur dernière prestation scénique à Madrid le 15 novembre 2012.
En 2015, Rick Davies annonce être atteint d'un myélome multiple, un cancer de la moelle osseuse. Le diagnostic contraint le groupe à annuler une tournée européenne prévue cette année-là. Forcé de mettre un terme à l’aventure Supertramp, il continue, sans en faire la publicité, à jammer avec des amis de sa ville natale de Swindon. Avec la même discrétion, il parti sur la pointe des pieds, le 6 septembre 2025 à son domicile d'East Hampton sur Long Island (New York), à l'âge de 81 ans, après dix longues années de lutte contre le cancer.
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo: Portrait de Rick Davies backstage au Palais Omnisports de Bercy à Paris (France) le 22 février 1988
